Je me suis enfin décidé à entamer Les Manifestes du surréalisme, oui, celui au monocle. Cela faisait longtemps que je tournais autour
dans l'attente du moment favorable.
J'ai lu Les Manifestes il y a très longtemps, et je m'aperçois que je n'en ai pas gardé grand-chose, ou alors des traces attachées à des phrases ou passages repris dans d'autres ouvrages.
Du second Manifeste, que j'ai bien entamé, je peux dire qu'il m'ennuie un peu : il semble être principalement centré sur l'axe idéologique, social, politique, que Breton avait donné au surréalisme. Je n'arrive pas à m'intéresser à ce genre de considérations qui, en l'occurrence et en outre, me semblent aberrantes... Par contre, la Préface au Premier Manifeste est sans doute l'un des plus beaux textes qu'il m'a été donné de lire. Beau comme l'est l'écrit de Breton lorsqu'il ne s'égare pas dans de pseudo résolutions révolutionnaires...
Il n'empêche que l'ennui n'est pas la déception. Et puis je n'ai pas terminé ; et ces textes sont indispensables.
Et il y a ce livre-là, qu'à regret j'ai dû me résoudre à recouvrir
– je ne comptais pas le faire du fait de la couverture qui doit se voir et se regarder –
car je me suis aperçu que les caractères du dos commencent à s'effacer. C'est une espèce de substance blanche extrêmement fragile, et déjà elle s'écaille, et certains endroits – quelques millimètres, mais c'est déjà trop – sont atteints. Aussi, il ne faut absolument pas y toucher et, ne serait-ce que pour la lecture, je l'ai recouvert...

27 février 1991 dans une lettre à Marcel