Marcel repose, les yeux fermés, et son cœur écoute les touches que son oreille paralysée par la mort voisine n’entend plus. Il revoit sa mère quand elle l’embrassait en rentrant, puis quand elle le couchait le soir et réchauffait ses mains dans les siennes, restant près de lui s’il ne pouvait pas s’endormir ; il se rappelle son Manuel Théorique et Pratique et les soirées au concert quand sa sœur jouait, les paroles de son professeur qui prédisait qu’il serait un jour un grand musicien, et l’émotion de sa mère alors, qu’elle s’efforçait en vain de cacher. Maintenant, il n’est plus temps de réaliser l’attente passionnée de sa mère et de sa sœur qu’il a si cruellement trompée. Il revoit le grand piano sous lequel il s’est fiancé et le jour de la rupture de ses fiançailles, où sa mère seule avait su le consoler. Il revoit tout cela dans un lointain lumineux doux et triste comme celui que les fenêtres du côté de la cour regardent sans le voir.

Il revoit tout cela, et pourtant deux secondes ne se sont pas écoulées depuis que le docteur écoutant son cœur a dit :

« C’est la fin. »

Il se relève en disant :

« Oui, je crois bien que c’est fini… »

Son frère, sa mère et son seul ami se mettent à genoux avec son oncle qui vient d’arriver. (Les voisins rient sous cape derrière la porte fermée.)