C'est la queue chez l'épicier et chez la mercière, chez l'épicière et chez le mercier.

Depuis ce matin, ça ne désemplit pas, et c'est à qui demandera de la farine, à qui exigera du sel, à qui réclamera des œufs frais, à qui s'enquerra de sucre fin ; sans compter ceux qui veulent du beurre et de la confiture, du rhum et de la gelée, de la vergeoise et du lait... Ainsi, toute la journée, la rue a fait ses emplettes afin de pouvoir le soir venu faire danser dans leur poêle les crêpes.

Chez l'épicier et chez la mercière, on trouve de tout à profusion et ainsi tout le monde a pu être satisfait. Toutefois, le mercier s'est trouvé un peu gêné de n'avoir pas davantage de poêles de petites dimensions dont la clientèle semblait faire grand cas cette année. Et l'épicière s'est vue un peu contrariée d'avoir vendu du grès pour de la porcelaine à des dames qui en exigeaient absolument.

Mais, au bout du compte, chacun est ravi. À commencer par le mercier et l'épicier qui, bouclant en même temps leur devanture, ont échangé un sourire et un soupir qui tout autant que de la fatigue dévoilaient un vif contentement.

« Belle journée ! a fait le mercier.

– Belle journée ! a fait l'épicier. »

Et vite ils ont disparu derrière leur grille afin de confectionner à partir de ce qu'ils ont pu sauver quelques crêpes avant d'aller se coucher.

Une belle journée, assurément...