Le mieux était de prendre à chaud et non de remettre à plus tard comme je le fais trop souvent. Je l'ai lu aujourd'hui. Jusqu'à présent, tout ce que je connaissais de Billy Budd, c'était l'opéra qu'en a tiré Britten (B.B.B.B. ! Mais que valent ces quatre B face aux six de Bela Bartok, Bela Balasz pour Barbe-Bleue ?). Ce que j'en avais retenuet qui m'a été confirmé tout à l'heure lorsque je l'ai réécouté suite à la lecture, c'était l'homosexualité sous-jacente, du personnage, ou du texte, le commentateur de l'opéra en introduction de la diffusion n'étant pas précis sur la question. Je l'ai lu avec cette idée dans la tête et le commentaire qu'en fait Sollers dans Vision à New-York, à savoir qu'il s'agit de l'un des textes les plus bouleversants qu'il connaisse. Bouleversant. J'ai retenu le mot qui, avec l'homosexualité (que pouvait en dire Melville en 1850 ?), m'a accompagné au fil de la lecture. Je ne suis pas bouleversé. Et le texte ne me semble pas à proprement parler bouleversant (mais que met Sollers dans ce mot ?). J'ai été intrigué, intéressé, attiré et, en définitive, séduit, mais pas bouleversé. On pourrait l'être, j'aurais pu l'être, bon nombre d'ingrédients étant là pour ça. Mais il y manque quelque chose, quelque chose qui accroche et qui fausse (et l'introduction que j'ai lu ensuite confirmera, j'y reviendrai). Il y a une certaine maladresse, défaut dans la construction peut-être (j'ai appris ensuite que ce texte était inachevé et rédigé à partir des manuscrits de Melville), qui rend le tout peu crédible. On pourrait ne s'attacher qu'au thème, qu'à la réflexion et mettre de côté l'intrigue par elle-même, mais Melville raconte une histoire et, en ce sens, cette histoire se doit d'être crédible, voire vraisemblable. Et je crains qu'elle ne le soit pas. J'ai rencontré quelques difficultés du fait du style, de cette écriture désuète (mais loin d'être gênante, bien au contraire), et surtout du fait du vocabulaire attaché principalement, bien sûr, à la mer et à la marine (auquel s'ajoutent les références historiques et bibliques). Mais ça n'a pas été un obstacle. En fait, je crois que c'est Claggart le responsable, lui qui semble parachuté et dont le comportement (esquissé) reste, au bout du compte, énigmatique ; en tout cas inexpliqué, voire injustifié. Qui semble donc n'être qu'un prétexte. Mais pour en arriver où ? pour dire quoi ? Melville n'a pas l'air de le savoir lui-même (mais le texte est inachevé), ce que confirme bien Harold Beaver en introduction...