Nous ne savions lequel choisir pour terminer, encore que ce fût elle qui a insisté pour que nous profitions à tout prix de cette offre. Alors, j'ai choisi Enduring love, avec quelque réticence sachant que McEwan avait perdu de son intérêt depuis qu'il a accédé à la notoriété. Je l'ai commencé tout à l'heure...

La cigarette après l'amour. J'y pensais tout à l'heure dans la salle de bains. Lors de notre dernier cours grec/latin, nous parlions du tabac, je parlais de mon intention d'arrêter. Jean, qui a cessé complètement il y a quelques années parlait des quelques « bonnes » cigarettes de la journée, comme celle d'après l'amour. J'ai dit que je n'avais jamais ressenti ce besoin. J'aurais pu ajouter : « C'est trop cinématographique. » C'est ce que je me suis dit dans la salle de bains : c'est trop cinématographique. De là, cette réflexion : abolir les innombrables faits, gestes et paroles de la vie quotidienne qui alimentent le roman et le film depuis des décennies. Les abolir pour les remplacer par d'autres qui dans quelques années alimenteront le roman et le film...

Mc Ewan p. 21 : une réflexion qui rejoint celle que je viens de noter. D'où : le monde du rêve et de la fiction pure sera toujours préférable à celui qui est la transcription fidèle de la vie courante, car ce type de monde – romanesque ou cinématographique – en révèle toute la facticité, toute la dérision, toute la vanité
(mais dans le fond, peut-être est-ce un bien ?).
Toute l'horreur...

p. 43, à propos de la pensée sur le langage : « It is clearly not true that without language there is no thought. I possessed a thought, a feeling, a sensation, and I was looking for its word. »
« De toute évidence, il est faux que sans langage, il n’y a pas de pensée : j’avais une pensée, un sentiment, une sensation
et je cherchais son mot. » 
Il se trompe car il parle (écrit, pense, raisonne) en être de langage
(ou bien possède-t-il très peu de vocabulaire ?).

14 juillet 1998