J'ai achevé de ramasser les saletés du jardin, ai passé l’aspirateur dans le séjour, principalement sur le tapis couvert des poils du chien. L’ai sorti. Puis, je ne sais comment, je me suis mis à faire un peu de place parmi mes livres. Comment est-ce venu ? Peut-être à cause de Sylvia que je vais bientôt pouvoir placer dans les P. La bibliothèque est archi-comble. Il faut aérer. J’ai décidé alors de resserrer la souffrance pour pouvoir loger dans l’espace gagné une œuvre d’un auteur favori. La Varende, par exemple, qui a le mérite d’occuper approximativement le milieu de la bibliothèque, ce qui me permettra de desserrer de A à L, puis de L à Z. Mais ce n’est pas suffisant. Alors, il a fallu sacrifier quelques livres, dont deux Mishima dont je ne sais que faire, les deux exemplaires de La mer de la fertilité chez Folio. Vais-je les lire un jour ? Je suis sûr que non. J’en ai pris un pour le feuilleter. C’est là qu’à ma grande surprise sont apparues deux photographies glissées entre les pages, deux photos privées. J’ai sans doute dû acheter ces deux livres dans une quelconque braderie (nulle trace sur le site, voilà qui m’étonne), à une dame, un homme qui manifestement ignorait que ces deux clichés qui lui appartenaient y figuraient. Les voici. Il n’est pas impossible qu’ils tombent dessus un jour, se manifestent et que je puisse ainsi les leur renvoyer. Mais vais-je me séparer de ces deux livres ? Il y a d’autres ouvrages dont je pourrais me séparer sans remords aucun. Mais voilà, le remords subsiste tout de même, et, éternelle question, pourquoi conserver des livres qu’on sait ne jamais devoir lire ?