Tout le monde dans la rue le connaît et le voit chaque matin, à 8 h 30 précises, quitter la maison du 15 (au 2e étage de laquelle – côté cour – il occupe un meublé) qu'il réintè-gre le soir à 18 h 00 précises après une énigmatique journée passée au-dehors. Tout le monde le sait et le voit. Mais personne ne sait le nombre de ses diplômes, la nature de ses exploits, la beauté de ses conquêtes, l'importance de son intelligence, la pertinence de ses réflexions, la profondeur de ses créations, la grande justesse de ses jugements, la ferveur de son humanisme...

Il est petit, pas très jeune, se tient toujours courbé dans son complet étriqué, qu'il troque les jours de pluie pour un imperméable froissé dont la ceinture par-derrière pend.

Il ne dit jamais rien à personne, jamais à personne il ne s'ouvre.

Il s'appelle Modeste, et Julienne l'apprécie beaucoup...