Je suis passé au Furet. Dans une publicité de la maison Seuil, j’avais noté, avec une certaine surprise, la présence d’un Himes dont le titre m’était tout à fait inconnu. Il fallait que je voie ça de plus près. Il n’y était pas. Mais par contre, j’ai vu un Calvino que je n’avais pas, Cosmicomics. Je me suis empressé de l’acheter. Puis suis passé à la carterie du rez-de-chaussée. Où j’ai trouvé la carte ci-joint (plus un Balthus, et un admirable Picasso). De là, j’ai filé à la boutique. Pour y trouver porte close. Deux fois dans la même matinée, c’était beaucoup, d’autant qu’il s’agissait de mes deux buts de sortie, ceux qui justifiaient le déplacement… Déception. Que faire ? Le train partait vingt minutes plus tard, il était impossible de joindre le bouquiniste le plus proche. Alors, je me suis souvenu de la boutique de soldes d’éditeur rue du Molinel, à deux pas, là où j’avais acheté Bacon et Chagall. Faute de Proust, j’achèterais autre chose, histoire de me consoler de ces déboires. Mais, chemin faisant, m’est rapidement passée par la tête cette phrase que tu dois bien connaître : « Ça serait curieux tout de même de tomber sur un Proust ! » Je pousse la porte et sur quoi se pose en premier mon regard, à droite en entrant, sur une étagère, posé bien droit, couverture visible et offerte ? Tu as deviné : le visage de Marcel lui-même. Rien que le visage qui là, depuis une demi-heure, posé sur le bureau, me fixe doucement.