J’ai eu la joie de découvrir en rentrant les trois livres que j’avais commandés, dont The Original of Laura. Je me doutais que je n’allais pas recevoir le « véritable » original tel qu’il est décrit dans le moins mauvais des quotidiens. En effet. Je l’ai montré à Éléonore en lui expliquant que l’original comportait de véritables fiches qui étaient dans une encoche pratiquée dans chaque page. Elle m’a alors dit quelque chose que je n’ai pas perçu ou que j’ai mal compris comme cela arrive si souvent. J’en ai même oublié le contenu. Mais je me souviens de lui avoir répondu : « No, you can’t. » Je suis monté, me suis assis dans le petit fauteuil de mon bureau pour découvrir cette chose, mais aussi pour comprendre, par la suite, ce qu’Éléonore m’avait dit. Seules les pages impaires sont utilisées et la moitié supérieure comporte le fac-similé des bristols que Nabokov a utilisés et celle inférieure le texte en caractères d’imprimerie. J’ai lu la présentation qu’en fait Dimitri son fils qui termine en expliquant que les bristols sont « perforated » pour permettre de les détacher s’il en vient l’envie au lecteur. Ici, ils ne sont en rien « perforés » et j’ai pensé qu’il s’agissait de la présentation commune aux deux éditions. C’est en entamant la lecture que je me suis aperçu que chaque bristol est entouré de pointillés qui permettent en effet de les détacher. J’ai machinalement traduit « perforated » par « perforé » et il s’agirait en vérité de la véritable édition… Avant vérification, je doute fort que « perforated » désigne le procédé des pointillés et je pense qu’à l’image de son père, Dimitri emploie parfois maladroitement l’anglais (dont il privilégierait aussi la part latine). Il n’empêche que je trouve l’idée un peu infantile (et très anglo-saxonne)…

(Elle avait remarqué les pointillés et m'avait dit qu'on pouvait les détacher. Je ne les avais pas remarqués et elle ne m'avait pas dit qu'elle les avait remarqués, et alors j'ai dit : « No, you can't. »)