Au soir, s'est assise à côté de moi une espèce de jeune tarte qui, durant la moitié du trajet, n'a cessé de parler. Voix porteuse et grinçante. Tout le wagon sait désormais de quelle manière elle se coiffe (ce qu'elle n'aime pas faire, elle préfère coiffer les autres, ça tombait plutôt bien puisqu'elle était apprentie coiffeuse. Je l'ai bien regardée lorsqu'elle s'est levée au cas où un jour le destin me remettrait entre ses mains...
Mais Nadja a été la plus forte, a triomphé des rustres et des bavards, et j'ai pu presque normalement le lire – grâce surtout à la trace assez aiguë que j'en avais conservée.
C'est un beau livre. Et elle aussi est belle. Et Breton ne fait ici que confirmer tout le bien que je pense de lui en tant que simple écrivain. Il est beau aussi...
(Tous ces beaux à ne plus savoir qu'en faire...)

25 février 1990 dans une lettre à Marcel