Il a des miches, des boulots, des bâtards, des ficelles et des baguettes ; plus de la confiserie de première nécessité et de la pâtisserie sobre, tels les croissants et les petits pains.

Le tout est placé dans une camionnette qui sillonne chaque jour le quartier et passe vers 12 h 30 dans la rue.

Lui, Norbert, est assis derrière le volant. Il n'en bouge pas. Il conduit et klaxonne. Il a de grosses moustaches, c'est le patron.

Elle est à l'arrière. Elle accueille et sert les clients, et lorsqu'ils ne peuvent ou ne veulent pas se déplacer, sort et va le leur porter, le pain, à leur porte et même, parfois, à leur fenêtre : elle sait ce qu'ils prennent et dans la rue on ne vole pas le pain. Elle, c'est l'employée. Elle a des frisettes et des joues rondes, c'est la porteuse de pain...

Le pain ambulant, la mie saltimbanque, la boulange à domicile, voilà qui est rare de nos jours. Mais on peut encore le voir, si l'on se dépêche, si l'on se presse, à 12 h 30, dans la rue V., où il passe comme sorti d'un songe, tel un pan de passé posé là, chaque jour à la même heure, pour le seul plaisir d'être là et de donner à des bouches affamées et exigeantes du bon pain tout frais...