Saisie directe, aux alentours de 19 h 00. Dorothée dans sa chambre. Susan face à son écran, moi au mien. Lever tard, midi, ai poursuivi Yapou que j’avais entamé cette nuit en rentrant de chez Francko. C’est lui qui me l’a offert. Je l’avais remarqué sur la table de son salon, couverture rouge-ocre pourvue d’une rangée de têtes nipponnes écrasées, et arborant en lettres énormes un nom : SHOZO NUMA et dessous, en un peu moins grand, Yapou, le bétail humain. C’est la première chose dont il m’a parlé, ce livre que Sylvain, son ami français installé à Kyoto, avait traduit et lui avait envoyé. Il a pris l’exemplaire, gros pavé, l’a posé devant moi : « Je l’ai reçu hier, je l’ai lu en deux fois, impossible de m’en détacher. C’est un livre extraordinaire. Je te l’ai acheté. J’ai hâte de connaître ton avis. » Ce texte avait paru en feuilleton au Japon après la Deuxième guerre mondiale, puis en livre dix ans plus tard. Ça avait été un choc pour le public japonais et aujourd’hui, la traduction semble produire le même choc en France. « Le Monde en a fait la une de son édition littérature. Je ne te la fais pas lire, ça en dit trop et il faut le découvrir à la lecture. »