Odette pousse la porte de la chambre et Justine survole des notes, compulse des dictionnaires, consulte des glossaires, s'infor-me d'essais, de lexiques et de répertoires, se renseignent auprès de guides et de catalogues, se rapporte à des index et à des traités, tous ouvrages dont le principal point commun est la langue italienne en laquelle ils sont rédigés.

Elle tient une lettre à la main – Odette –, les yeux posés dessus – la lettre –, tout d'abord sur le recto – qui comporte un timbre et une adresse manuscrite – comme elle passe le seuil ; puis sur le verso – qui est entièrement vierge – tandis que son autre main repousse derrière elle – Odette – le battant qui va reprendre en claquant sa position de fermeture.

C'est le claquement qui fait se relever les yeux de Justine ; juste une seconde, le temps pour elle de prendre note de la présence de sa compagne, retour de cours fin d'après-midi, quelques livres jetés machinalement sur le lit, puis son propre corps qu'elle laisse s'enfoncer dans le mou du bord du même lit, les jambes raides et légèrement écartées, la main droite pendant négligemment entre elles tandis que l'autre est toujours occupée au va-et-vient rotatif de l'enveloppe entre ses doigts.