Journée bruxelloise, Beerseel et les Trois Fontaines (transférées à Lot dans un bâtiment moderne – le moderne vu par les Belges, strict, propre, nu, goût douteux de l’ensemble, comme les suspensions électriques faites à partir de bouteilles de gueuze vides – et ce serait donc flamand plutôt que belge). Nous y avons dégusté une jeune gueuze avant de reprendre la route pour St Gilles. Après le beignet rituel à la boutique polonaise, puis un vain survol des alentours pour y trouver un restaurant en remplacement de celui (irremplaçable) de la Renaissance, nous sommes allés nous asseoir à tour de rôle dans le fauteuil de Jean. Il expose Jan Voss, pièces récentes, dont certaines très belles. « C’est l’un de vos amis, n’est-ce pas ? » lui ai-je dit en me souvenant de la première fois où j’y avais mis les pieds ; il s’y trouvait et Jean m’avait précisé que c’était un ami. « Tous les artistes que j’expose sont des amis ! Je ne vais pas exposer de la camelote, tout de même ! » En substance, c’était très étrange. Qu’entendait-il par cette formule « ce sont tous des amis » ? Mais c’est surtout le mot « camelote » qui nous a frappés, comme si le fait que des liens l’attachaient aux artistes qu’il exposait était une garantie absolue de qualité (d’autant que nous y avons parfois vu des choses très quelconques, voire médiocres)... Une fois allégés, nous avons pris la route de Pêle-Mêle. Traditionnellement, Sosthène passe en revue les étagères des romans à un euro (pour sa propre consommation), moi celles à vingt-cinq centimes pour la boutique (mais aussi pour ma consommation). Il y avait trouvé, à notre étonnement, deux Losfeld première édition de 1968 : un Emmanuelle (le deux), et Émilienne (sans nom d’auteur sur la couverture). Nous en avons parlé en prenant notre bière (lui une Jambe de bois, moi une Taras Boulba pression) au Poechenellekelder. Je l’ai écrit sans la moindre hésitation et ne l’oublierai plus. Nous en parlions avec Jean, étions incapables de nous rappeler le nom. Lorsque nous nous sommes attablés, Sosthène a dit, en consultant la carte : « Polichinelle ». J’ai regardé le nom et en effet, comme se fait-il que je ne l’avais pas remarqué : Poechenelle… Il était très content de cet achat, m’a remis le second – sur le trottoir lorsqu’il m’a déposé – parce qu’il le possédait déjà. (L’auteur est un obscur Claude des Olbes et je remarque à l’instant qu’il s’agit d’ « emilienne », sans accent – beau lettrage rouge et noir sur le fond jaune de la couverture.)

 

23 avril 2015