Il y a quelque chose de touchant et de dramatique dans cet écrit. Qu’est-ce qui a motivé cet homme, qu’est-ce qui l’a poussé à apporter cette précision dont, peut-être, ses collègues auraient dû se charger, un petit mot de chacun, comme ça se fait habituellement, et c’est peut-être pour cette raison qu’il a jugé bon de le faire ? A-t-il eu ce seul cadeau, et dans ce cas, c’est dramatique ? (J’ai pensé à ce que m’avait dit Mylène le jour de son départ à la retraite après le petit déjeuner qu’avait organisé les chefs : « Tu passes quarante ans dans une boîte, c’est-à-dire la moitié de ta vie, et ce n’est pas rien, et tout ce qu’ils trouvent à faire, c’est t’offrir des croissants et un jus d’orange ; c’est terrible, tu ne trouves pas ? » Et je l’imagine bien, par cynisme, dépit, tristesse, écrire ces mots sur la page de garde d’un livre qu’on lui aurait offert – mais elle a quand même eu la carte traditionnelle avec un mot de chacun). J’imagine aussi la scène autour cet homme (ou de cette femme ? mais je pense qu’il s’agit plutôt d’un homme), les collègues réunis, une bouteille ou deux de blanc de blanc, et l’un d’eux qui lui tend ce livre – peut-être même sans emballage –, « bonne retraite, Albert ! » et lui qui le découvre – ce livre de poche à quatre balles – et s’efforce d’être ému et d’avoir le sourire de circonstance.  « Merci, les gars… » (Mais c'est l'intention qui compte.) Et enfin, comment ce livre a-t-il échoué sur un étal de puces ? Est-ce lui qui s’en est débarrassé, ou est-ce sa femme, ou ses enfants, par exemple, après sa propre mort ?

(Et pourquoi ce livre, en particulier ? Est-ce une histoire de retraite ?)