« Ce n'est tout de même pas parce que c'est ta fête qu'il faut croire que t'es obligé de faire le pitre ! Descends de là ! »

Juché sur une chaise, il se tient debout face à la fenêtre d'un immeuble de locataires au cinquième étage duquel il habite – porte de droite – avec sa cadette de sœur, ses parents, et le souvenir un peu lâche de son aîné de frère qui au Proche-Orient attend le signal du départ de la course : avec un masque autour de la tête, un treillis et un pistolet-mitrailleur, il leur sourit du haut du téléviseur.

L'aîné militaire s'appelle Paul, dit Paulo ; le puîné s'appelle Paulin ; et la cadette s'appelle Pauline. Une idée de papa. Paulin est juché sur une chaise, le corps contre le cadre évidé de la fenêtre. Il gigote, il se trémousse, il gesticule, il mime. En face, se tient un foyer de jeunes filles, étudiantes à l'Université Catholique de la rue V. L'immeuble n'a que trois étages et ainsi Paulin peut-il les surplomber, les dominer, les voir parfaitement bien, et mieux peut-être que s'il eût été en face, car grâce à la plongée, il lui semble gagner en relief et en formes, en consistance et en volume. Et en assurance aussi, car ainsi ne peuvent-elles le voir (ou font mine de ne pas le voir, de ne pas l'avoir vu et se mettent, impudiques et innocentes, à leur fenêtre comme si de rien n'était – comme s'il n'était pas là, lui, mais aussi comme s'il n'y avait rien d'autre devant leurs fenêtres qu'une immense étendue vide et déserti-que –, alors qu'elles doivent certainement avoir déjà remarqué le pitre du cinquième d'en face qui gesticule, leur fait des signes, leur adresse des gestes obscènes, du doigt, du bras ou de la langue, ou des trois à la fois, et parfois même se tripote-t-il et leur envoie des rafales de baisers bruyants et frénétiques au rythme de son bassin qu'il fait aller d'avant en arrière avec une hargne et une ostentation qui souvent lui échappent un peu).