Je l'ai presque achevé. À l'image de la première partie, la seconde fourmille de détails qui, la publication étant du fait de l'auteur lui-même, c'est-à-dire Dreyfus, sont expliqués, analysés (comme c'était le cas pour Bibesco), ce qui donne tout de même une autre dimension à une correspondance. Je regrettais, dans les deux volumes de correspondance Plon, l'absence de contexte, de repères qui, malgré l'évident intérêt des lettres en elles-mêmes (et celles de Marcel davantage que tout autre), laissait un peu le lecteur à l'écart. C'était du moins mon impression, et mon opinion... On y retrouve, bien sûr, exactement le même ton, la même insistance sur la maladie et la souffrance, le même souci constant de flatter, d'encenser, de remercier... Dreyfus, comme la majorité des autres correspondants de Proust, n'est pas dupe, et il souligne souvent cette particularité qui, indéniablement, fait partie de son charme. Ce qui est vrai. Pourtant, parfois, c'en devient excessif. Presque agaçant. Et plus qu'agaçant, troublant. Et dans certains passages de lettres, j'ai trouvé Dreyfus particulièrement indulgent et conciliant. Presque « gentil » vis-à-vis de Proust. Car, à ces passages, il m'a semblé qu'il suffisait de très peu pour en changer le sens et l'intention, et faire de son auteur un être sournois, flagorneur et hypocrite. Et j'ai imaginé Proust ricanant du fond de son lit à l'idée des mauvais tours qu'il jouait à ses correspondants. (Au-dehors, l'homme du monde prévenant, raffiné, poli, tendre et « gentil », et une fois seul, l'affreux haineux, retors, embobineur et fourbe.)

20 mars 1990