Il y a à peine une heure, j'ai ouvert le Côté de Guermantes I, 1930, et m'y suis mis... Je montais, et tout en montant, je me suis dit qu'il serait bon de lever un peu le nez de la fichue traduction et de lire un peu (car, et ce n'est pas la première fois que je me fais cette remarque, je lis finalement peu ici, à la maison ; du moins à comparer de la journée au bureau, et ceci explique peut-être cela ; mais c'est un fait que les soirées ou les nuits passées sur un livre sont relativement moins fréquentes aujourd'hui qu'il y a quelque temps...). Tout ce que je savais, c'est que je « devais » porter mon choix ou sur un livre volumineux, ou sur un livre fragile, c'est-à-dire un ouvrage dont le transport par train et métro peut se révéler particulièrement délicat... Ainsi il y a ceux destinés à la sortie, au voyage, à l'air libre, « pur », et ceux condamnés au confinement, mais aussi à une attention privilégiée, à un soin particulier, à un regard plus appuyé, une main plus précautionneuse et amoureuse : ceux du douillet secret. Et parmi ceux-ci, lequel prendre ? Je n'ai pas su, j'ai hésité, et mon regard a accroché l'enfilade marcellienne et m'est revenue en mémoire la constatation que je m'étais faite il y a peu, ici même, à savoir : comment se fait-il que j'aie abandonné (délaissé, négligé) ma lecture de Proust ?... Un geste vers l'avant a suffi pour extraire le Côté de Guermantes ; je m'y suis aussitôt mis...

24 novembre 1990 (dans une lettre à B***)