J'expliquais à Léo, qui depuis peu s'est enrichi d'une nouvelle lecture, celle de La recherche, comment, petit à petit, au fil de la recherche de Proust, par les livres écrits sur lui, par sa correspondance, j'en étais venu à m'attacher à lui, puis, en l'approchant de plus en plus, à avoir l'impression de le connaître, de l'avoir connu et donc de ressentir quelque chose qui ne serait pas loin du chagrin, de la peine, de la tristesse. Et venant de lire les Plaisirs et les jours, et ayant entamé le Dreyfus, Souvenirs sur Marcel Proust, je constate que ce rapprochement s'intensifie et que je ne suis désormais plus loin de l'affection, voire de l'amitié et même de l'amour... Je ne m'explique pas ce phénomène émotionnel qui fait que je regarde avec une espèce de tendresse chacune de ses photos, que je conçois de la colère, de la rage à lire ou à entendre toute attaque à son endroit. Et sur ce dernier point, il y a un article dans le dossier du Magazine Littéraire, intitulé In search of lost Proust, sans doute le meilleur du lot, qui souligne bien l'imbécillité d'hommes et de tendances (ce qui revient au même, les hommes sont les tendances), dont Gide, qui pour des raisons diverses, généralement idiotement intellectuelles, ont condamné, dénigré ou moqué l'œuvre de Proust. Article dont l'autre intérêt est de souligner le côté anglo-saxon de la Recherche. J'avais rapproché Wilde de Proust, mais il ne m'était pas venu à l'esprit à quel point la Recherche était effectivement proche du roman anglais (?). C'est tout à fait ça, et je m'en veux de ne pas l'avoir remarqué (et par la même occasion, j'y apprends que le verbe « réaliser » est un anglicisme, to realize, et que c'est Proust qui l'aurait introduit dans la langue française (il s'agit bien sûr du verbe dans le sens de « se rendre compte » ; le Petit Robert donne 1895 comme date sans autre précision).