C’est Éléonore qui m’a offert ce carnet artisanal, rapporté de ses premières puces de la saison. On dirait un Pierre-Alexis Deschamps… Il a quelque chose de japonais qui ne me déplaît pas (quoi que trop rêche sous la main).

Nous sommes le 8 avril, je me trouve dans le jardin d’hiver, il pleut. La température doit avoisiner les dix degrés.

Ce « cahier » n’est pas très commode, et il le sera encore moins lorsque je vais le poser sur le bureau pour saisir ces lignes.

Je suis en train d’achever le livre que Wilfried m’a offert la huitaine dernière en me disant : « ça m’a fait penser à toi ». Ça s’intitule Contes carnivores d’un certain Bernard Quirigny. Avant de l’entamer, j’ai noté sur la quatrième qu’il était né en Belgique. Lorsque j’ai lu les premières pages, j’ai pensé qu’il n’avait pu naître ailleurs, que seul un Belge pouvait produire ce type de récits qui tient de l’absurde, du fantastique, du fantasque, du surréalisme, du grotesque, de la fantaisie pure. On dirait Chesterton, Jarry, Topor (je ne parviens pas à trouver un Belge). Ce n’est pas toujours bien écrit, mais c’est réjouissant et épatant. Et souvent drôle. J’ignore pourquoi Wilfried a pensé à moi. Je ne vois rien qui puisse me ressembler.

(Les poils emprisonnés dans le papier – empapiérés ? Mais des poils de quoi ?)

Borges, Allais (toujours pas de Belge). Il a quarante-six ans.

Dans dix minutes, je vais fumer ma sixième cigarette.

 

8 avril 2012