Je suis monté et, au soleil de mon second bureau, j’ai avalé Effroyables jardins de Michel Quint. Il y a des mois – et même des années si je considère les périodes où je m’occupais de la boutique d’Éléonore lorsqu’elle était absente – que ce livre me passe entre les mains. Il fait partie des bonnes ventes (j’entends à l’instant le bruit des bouteilles que Romero remue : il prépare la nuit des Arts d’après-demain), je le vois souvent, et il fallait bien que je m’y attache un jour (il est un peu étrange de manipuler des centaines de livres de toutes sortes en en ignorant le contenu – mais on ne peut pas tout lire n’est-ce pas ? ; « je voudrais qu’on repousse le moment de ma mort le plus loin possible pour que je puisse avoir le temps de tout lire », m’avait dit un vendeur aux puces de Rocke). Il fait à peine cent pages, ça m’a pris une demi-heure. Je m’étais fait une idée de ce texte (la sonorité du titre aide beaucoup à intriguer), le contenu en est évidemment à cent mille lieux ; drôle d’histoire de clown sur fond de guerre (la dernière et ce n’était pas difficile à deviner à la vue de l’une des illustrations de couverture – trois, à ma connaissance – qui montre des soldats allemands) avec le procès de Papon comme toile de fond. Ça se passe dans les mines du Pas-de-Calais (Hénin-Liétard, entre autres), il utilise quelques mots du patois (gramin) ou locaux (voyettes) – sans les expliquer, ce qui me semble plutôt une bonne chose. Ce n’est pas mal du tout, je vais le conserver