De la brume dans les méninges. J’étais sur le palier du premier, j’attendais qu’Éléonore finisse de se laver les dents. Je me tenais contre la rambarde, les mains appuyées dessus. Mon regard a alors accroché une surface rouge et grise, rectangulaire, posée verticalement sur le haut du petit meuble à gants accroché au mur du hall d’entrée. Je n’avais pas mes lunettes, mais j’ai deviné qu’il s’agissait d’une revue et, en les chaussant, j’ai lu CINEMA écrit verticalement sur le côté gauche et ai identifié la photo d’illustration, tirée de La Collectionneuse. J’ai demandé à Éléonore de quoi il s’agissait. « It’s yours and you put it there. » « I’ve never seen this magazine in my whole life and I would remember if I had put it there. And why there ? » « I assure you, you did it. » Je suis descendu, m’en suis saisi. Il s’agit d’un numéro de l’Avant-Scène Cinéma consacré à La Collectionneuse. Je l’ai feuilleté, je n’en revenais pas ; je n’avais pas le moindre souvenir de l’avoir eu entre les mains. « It’s impossible, it must be Josephine’s ! » Je suis monté, elle était dans la chambre de Tashi. « À qui est ce magazine ? C’est à toi ? » « Non c’est à toi. Tu l’as trouvé à la cave. » « Quand, comment ? Et qu’est-ce qu’il faisait sur le petit meuble du hall ? » « C’est toi qui l’as mis là. » « Moi ? Mais pourquoi ? » « Ça, je ne sais pas, mais c’est toi, il y a un mois ou deux. »

Il est à ma gauche, je le regarde, et j’ai l’impression d’être fou…

 

11 juin 2014