Son premier regard en poussant la porte de l'appartement est pour la jonchée de boules de papier froissé qui occupe la moitié de la superficie du couloir, une sorte de tapis blanc et bosselé, comme une excrétion du sol surgie en son absence – ayant mise à profit son absence pour entamer l'invasion de l'appartement –, une espèce de couche maligne et mauvaise qui, quoique statique et silencieuse, semble malgré tout vouloir se mouvoir et crépiter comme si, une à une, les boules allaient se défroisser, chacun des défroissements provoquant un infime déplacement et crépitement qui, ajoutés aux autres, simultanément ou successivement, allaient engendrer la reptation et le chant d'assaut de l'ensemble.

Le battant en pivotant n'a fait qu'en effleurer la première ligne, mais, dans son élan, Ella n'a pu empêcher son pied d'en heurter deux ou trois, deux ou trois de ces boules qui aussitôt crépitent et la font frémir.

Incrédule, elle considère l'ensemble, puis prend conscience de sa véritable nature, de son importance, du nombre considérable de ses balles qui en fait ont largement dépassé le seuil du débarras à gauche et s'étendent en une coulée à l'intérieur du bureau de Claude qui lui fait face, le bureau et non Claude, Claude dont à présent elle aperçoit le bras.