Ils sont rentrés en fin de soirée après un passage à Honfleur, Mers-les-Bains, et St Valéry. Tout était prêt, nous sommes passés à table ; ça a été un bon moment auquel Satie a, d’une certaine manière, contribué. Éléonore m’avait dit au téléphone que Romero avait désiré aller au musée Satie (il l’a découvert ici ; Satie est pratiquement inconnu en Argentine). Elle m’en a rapporté un livre que j’ai entamé ce matin, Erik Satie Honfleurais, d’Ornella Volta, et m’a dit qu’ils avaient apporté un dessert spécial. Mais pour le déguster, il fallait que Romero et moi jouions un quatre-mains de Satie (d’où lui est sortie cette idée ? est-ce lié au fait que je lui aurais parlé de celui que j’aurais désiré proposer à Romero ?). Lorsqu’elle m’en avait parlé au téléphone, je m’étais dit que cette visite au musée pouvait être une très bonne occasion de lui proposer le quatre-mains En plus auquel je pensais déjà lors de leur précédent séjour. Éléonore m’y aidait. Mais elle le voulait à l’instant. « Now ? » « Yes. The one you used to play with Line. » « But we have to practise, even if it’s easy. » Je me suis tourné vers Romero, lui ai demandé s’il lisait la musique. « Of course », a fait Éléonore, « il a appris à l’université and he’s a musician. » « You can be a musician without knowing how to read music. » Je ne sais plus si Romero avait répondu, mais je lui ai montré la partition, à la simplicité enfantine. Il a acquiescé, nous nous sommes installés. J’ai pris la partie gauche, celle des accords, lui la droite, la mélodie, et très vite, je me suis aperçu qu’il savait à peine déchiffrer, n’avait même pas la notion de la durée (il jouait une blanche liée sur deux mesures comme des noires), et que son doigté était hasardeux (alors qu’il prend des cours). Quoi qu’il en soit, nous avons bricolé les quatre premières mesures avec sa promesse qu’il l’étudierait et que nous ferions ce quatre-mains jusqu’au bout. Cette démonstration a satisfait (Satie se fait) ces dames et nous avons pu manger le dessert ; le manger et non le découvrir puisqu’il était sur le pupitre du piano lorsque nous nous y sommes installés : une poire. Éléonore l’avait cueillie dans le jardin du musée. Joli. Je l’ai partagée en quatre morceaux et elle a accompagné mon fondant au chocolat…

 

25 août 2014