Autre choc. Il s'agit de cette phrase, de Breton, à la page 42 :

« Comparer deux objets aussi éloignés que possible l'un de l'autre ou, par toute autre méthode, les mettre en présence d'une manière brusque et saisissante, demeure la tâche la plus haute à laquelle la poésie puisse prétendre. »

La réaction fut immédiate : ce que j'ai lu là, et lis encore, n'est plus ni moins qu'une phrase de Proust. Ou plus exactement, Proust a écrit la même chose en des termes pratiquement identiques. S'agissait-il de poésie ? ou bien d'art, de style ? Je suis allé vérifier, ai pris le Du côté de chez Swann en Folio où figure cette fameuse phrase ; c'est à la fin, et, à la fin, je n'ai rien trouvé. Alors, c'est ailleurs, et j'ai cherché dans les autres ouvrages consacrés à Proust où cette phrase aurait pu être rapportée. Et je n'ai rien trouvé. Et de nouveau je doute : l'ai-je bien lu ? Oui, j'en suis absolument sûr, je me souviens parfaitement de ce passage (d'une interview ? d'une lettre ?), de cette opposition de deux choses qui lors de leur rencontre produisait un éclat. Et je pense même l'avoir mentionné dans une lettre (et non dans le journal, c'est ancien). Mais laquelle ? quand ? Quoi qu'il en soit, j'en suis persuadé. Mais comme je ne l'ai pas trouvée, je préfère ne rien en déduire, ne pas insister sur cette similitude troublante (et instantanément, j'ai imaginé Breton, à l'époque où il a été son secrétaire, tomber sur ces mots qu'il lui aurait dérobés ;
ce serait amusant).

15 mai 1990 dans une lettre à B***