Les haut-parleurs diffusent l’acte III de Bianca et Fernando de Bellini, et Élisabeth, qui n’a d’yeux que pour un abîme sans fond démarrant au centre de la table et d’oreilles que pour des percussions intermittentes lui battant la mémoire, hausse les épaules à la question imaginaire de Tanguy tout entier absorbé par son breuvage de malt dont il fait une énorme consommation (« Encore un ! », fait son doigt négligemment en direction du comptoir, tandis que la porte se pousse sur une Aude effarée que bouscule sans grand dommage Pierre-Paul et son costume fripé parfumé au canard de pissotière).

La question est imaginaire, mais c’est exactement comme si elle avait été posée. Elle n’a pas été dite, mais Élisabeth l’a parfaitement entendue s’agiter dans l’air, comme un écho de la précédente qui elle-même (elle audible et articulée) était déjà le ricochet de la précédente, parfaitement identique et elle-même jumelle de la précédente en tous points semblable qui était l’exacte réplique d’une autre pareille, et ainsi de suite à l’envers du temps jusqu’à ce jour, il y a peu, où s’effondrant dans ses bras, elle éclatait en sanglots et s’écriait :