L'affiche est placardée sur le store baissé de la fenêtre gauche du rez-de-chaussée du numéro 8, inhabité depuis un an. La fille est plongée dans la mousse d'un bain dont on ne voit qu'une très fine tranche, juste les grosses bulles du dessus, simplement suggestives. Le fond est parfaitement noir et elle s'y détache de face, coupée au-dessous du nombril. Elle ne regarde pas le passant, mais un point au-delà, au-dessus de sa tête et légèrement sur sa droite. Son regard est bleu et a une lueur d'absence, mais sans indifférence ni distance. On la dirait aux prises avec un rêve – et rêverie serait plus exact – qu'elle ne saisirait pas tout à fait mais dont elle ne s'étonnerait pas vraiment, comme si elle y était accoutumée ou comme si, le découvrant pour la première fois, elle n'y attachait pas la moindre importance. En fait, à quoi attache-t-elle de l'importance ? Vraisemblablement pas à soi-même. Ni au passant. Ni même, semble-t-il, à sa situation présente dont la fonction est clairement définie, se veut clairement définie, et c'est sans doute ce qu'il y a de plus troublant dans cette affiche : le contraste entre l'intention et la réalisation.