« Pélage, pourtant...

– Mais Pélage, tu oublies qu'Augustin n'a fait que s'y opposer ! Et Augustin n'est pas le premier venu que je sache !

– Il n'empêche que l'optimisme pélagien me séduit assez.

– Optimisme ? l'excellence de la Création et le libre arbitre aux dépens du péché originel et de la grâce ? Je te trouve un peu sommaire ; voire même imprudent.

– Non, car c'est tout à l'honneur de l'homme sans pour cela que la cause divine en soit trahie. De une, le péché d'Adam n'exerce aucune influence sur ses descendants, ce qui ôte l'a priori de la culpabilité ; de deux, l'homme peut parvenir par ses seules forces à combattre le péché.

– À éviter tout péché !

– L'homme est une créature à part entière, qui ne renie pas son créateur, et même lui rend grâce, mais en tant que part détachée, désormais détachée, il demande, aspire à son libre arbitre.

– À son indépendance, peut-être !

– Et puis n'y a-t-il pas chez Augustin quelque chose de suspect dans le fait qu'il s'oppose ainsi systématiquement à toute doctrine qui lui soit contemporaine ?

– Systématiquement ! comme tu y vas !