Onze heures. Le ciel se couvre un peu. Il nous a été recommandé de prendre des chaussures de marche et des jumelles. On y ajoutera des vêtements chauds et des parapluies.

Midi. Elle a trouvé son cadeau, est venue m'embrasser. Me reste à m'habiller et à aller chercher la voiture.

Midi trente. Je suis allé lui acheter le bouquet de lys rituel. L'un d'eux repose sur la plage arrière de la voiture. La pluie a cessé. Lorsque je suis sorti, le ciel au bout de la rue était bleu. À présent, au-dessus de la maison, il est gris, mais lumineux, malgré tout. La fée opère. Opère sur le ciel, mais sur moi aussi bien, qui me sens énhervé, tendu, comme s'il s'agissait de moi, comme si c'était vers moi que dans deux heures les invités monteront, alors que j'en fais partie, et que dans quelques heures, à leur image, emmitouflé, fébrile, je gravirai le mont...

Sur la table du grand salon, je regroupe toutes les choses à emporter : les jumelles, un appareil photo, l'invitation (ne pas oublier le crayon gris en cas de notes rapides sur place), un chandail, mes gants. C'est véritablement un voyage...

L'on monte, et tandis que l'on monte, on ne voit que la terre devant soi : corps en oblique qui n'a pour seule vision que les vestiges du charbon sur lequel il cherche un point d'appui. Corps qui voudrait parfois s'arrêter, mais qui ne le peut. S'arrêter pour souffler, ou pour regarder, jeter un œil sur l'objet de sa présence là, ou considérer l'immensité qu'à chaque pas il approche, ou évaluer la progression de sa propre évolution sur la pente : où en suis-je ? qu'ai-je encore à gravir ? Mais il ne le peut, car derrière lui on monte ; on peine, mais l'on monte ; car il faut monter et ne pas s'arrêter ; et il ne peut se permettre le moindre arrêt, il ne peut s'arroger le droit à la contemplation, car de la file il ne doit pas gêner, pas entraver la progression, et s'il veut s'arrêter, il lui faut choisir son endroit, sa place de pause, un endroit judicieux qui ne va pas ralentir la marche de la procession...