C’est la guerre qui l’avait amené, c’est la guerre qui l’avait laissé.

Si c’est la guerre qui avait décidé de son implantation définitive en ce pays étranger au sien, on ne sait. Mais on le prétend. Certes, il y a eu l’amour, mais on préfère penser que de ce soldat sans grand enthousiasme, patriote épisodique et émule d’occasion, la guerre avait jugé bon de se séparer, quand bien même était-elle repartie vaincue.

En 45, il est resté, et depuis 47, il habite le n° 24 de la rue, avec son épouse et ses quatre enfants dont trois n’habitent plus la maison.

Dans la rue et dans le quartier, on l’a tour à tour appelé : schleu, boche, fritz, fridolin, choucroute, Bismarck, casque à pointe, Adolf, prussco (pour les anciens), Siegfried (pour les lettrés) et doryphore.