Plus tard, elle m’a demandé de sa voix d’adolescente – qu’elle m’a avoué ne pas aimer, mais qui moi me bouleverse car j’y sens affleurer la poudre d’une neuve essence – s’il s’agissait de sculpture, s’il s’agissait de peinture, s’il s’agissait de musique. Je lui ai dit qu’il s’agissait simplement d’amour et de séduction, de charme et de voyage, mais aussi de cordialité et d’humour, et que lorsque l’on avait tout cela en soi et que l’on voulait le mettre au jour, l’on s’en trouvait confus, et qu’à la confusion et à la fébrilité de l’être devaient répondre la confusion et la fébrilité des genres, et ainsi tout était présent et présenté comme une série de cadeaux sur la table, dont chacun à sa guise pouvait profiter. Et j’ai ajouté, d’un ton faussement docte, maître taquin de sa jeunesse : c’est une forme inédite de l’art qui serait tout à la fois une adresse au regard, à l’ouïe, à l’âme et aux cœurs. Je ne suis pas sûr qu’elle ait bien saisi ce que j’avais voulu dire, mais dans le sourire qu’elle m’a adressé à ce moment-là, j’ai clairement vu la rencontre du souvenir et du plaisir, survivances en elle des douces prouesses auxquelles on l’avait conviée d’assister et dont je n’étais pas tout à fait absent. Son sourire est comme un seing de complicité et un gage de survie ; est comme la délicate trace des pensées souterraines qui l’agitaient, et dont l’éveil est esquisse ; et lorsque je la revois, elle parmi les hôtes – car davantage que des invités, nous étions des hôtes –, posant là comme une autre part de l’œuvre dont personne n’aurait eu connaissance, fine part de la mise en scène dont chacun sans conscience était lui-même l’acteur, je me dis que c’est peut-être en elle que tous les Rendez-vous se sont accomplis, elle qui serait dès lors la dépositaire animée d’actes et d’offrandes que l’artiste, sans le savoir et avant même de la connaître, lui aurait dédiés