Je suis un peu déçu. Si l'écriture est très belle, le sujet lui m'a ennuyé. Encore une fois, je m'étonne du manque total d'imagination, de souci de recherche. Surtout pour un écrivain tel que lui qui ne doit pas avoir dépassé la quarantaine.
Le père, la mère, un enfant en Italie et ses souvenirs, ses réflexions... il en sort deux cents par an sur ce « thème ». Les 9/10 ne doivent pas avoir cette écriture, mais au bout du compte, ça ne change rien. C'est mieux écrit et l'écriture parvient à donner une certaine dimension à ces faits d'enfant, mais ça reste des faits d'enfants, c'est-à-dire, au bout du compte, un texte relativement convenu... Le plus curieux est qu'il ait été pensionnaire de la Villa Médicis. Pour moi, la Villa Médicis (réservé quoiqu'on en dise à de rares privilégiés – et c'est tant mieux) appelle l'idée d'expérimentation, de réflexion, de création, de recherche : durant un an (ou deux, je ne sais plus) l'artiste complètement assisté n'a qu'à se préoccuper de son travail. Donc de réfléchir, de chercher... Je ne sais si Visage (beau nom Bertrand Visage) l'a écrit là-bas ou non, mais pour moi il ne fait aucun doute qu'il n'avait rien à y faire. Il est évident que ce n'est pas parce que l'on a un an ou deux devant soi que l'on va écrire un chef d'œuvre d'originalité, mais s'il y est allé, c'est qu'il l'a demandé, ou du moins désiré, et s'il l'a désiré, c'est qu'il avait une certaine idée de l'écriture et de la littérature.
Où cette idée, là ? Je cherche en vain...

14 juin 1990 (dans une lettre à B***)