Dans le living d'un appartement du n° 6, type jeune couple qui démarre dans la vie, se trouvent deux hommes. Ils sont assis sur des sièges à accoudoirs en rotin dont on a raccourci les pieds. Ils se font face de part et d'autre d'une petite table basse prétendument faite de bambou et dont le plateau est une plaque de verre teinté.

Dessus, repose un échiquier nu.

Le premier a une vingtaine d'années. Il est blond, porte la raie au milieu qui sépare ses cheveux en deux grosses mèches longues excessivement relevées et tout aussi excessivement – et osten-siblement – aspergées de gel. Il a de petites lunettes rondes à monture d'écaille et un air satisfait. Il parle avec de grands gestes des bras et des mains.

Le second a une vingtaine d'années. Il est brun, porte la raie au milieu qui scinde ses cheveux en deux grosses mèches longues qui lui tombent sans cesse sur la figure. Il les relève machinalement et régulièrement. Il a un air calme, concentré, presque grave et commence à disposer une à une les pièces tandis que l'autre parle. Il opère avec précaution, attention, lenteur, et semble plus intéressé par l'exacte position des pièces au centre de