Dans les Œuvres Libres nouvelle série n° 69.

Un Polonais, lui, qui s’oppose au joug soviétique. Il s’ensuit, bien sûr, arrestation, brimades, coups, prison, déportation. Il est en Sibérie pour 12 ans. Il raconte, et lisant cela, je me demande ce qu’il en serait si cela devait m’arriver. Soit : est-ce que je le raconterais ? Oui, sans doute. Mais est-ce que je le publierais, est-ce que je le ferais connaître ? En d’autres termes : compte tenu de la relative « banalité » de ce type de récit dont on trouve tant d’exemples dans la littérature, est-il bien utile, encore, de les faire connaître, de les faire lire ? Témoignage, oui, sans doute. Mais qu’est-ce que cela peut apporter d’autre à partir du moment où tout est dit dans ces quelques mots : dictature, répression, torture, injustice, incarcération ? Qu’est-ce qu’un énième témoignage, qui sera le calque de précédents, peut ajouter ? Je lis pourtant : curieux, attiré, révolté, écœuré. Je lis, mais dans le même temps me pose la question de l’intérêt et de l’utilité d’une telle lecture tout en comprenant parfaitement et en imaginant bien qu’il était de la plus grand importance pour Wittlin de faire connaître ce qui lui était arrivé, à lui comme à d’autres