Je suis passé au salon, Éléonore était face à la télé, je me suis installé dans mon coin de lecture, près de l’un des nouveaux radiateurs du coin côté couloir, j’ai poursuivi ma grille de mots croisés, puis ai fait un sudoku tout en jetant de temps à autre un œil sur l’écran où se déroulait Deux frères, histoire de tigres pour enfants, pas détestable du tout. À la fin, Éléonore est montée, je n’arrivais pas à m’extraire du fauteuil, il n’était pas minuit et je n’avais pas envie de me mettre au piano. Comme j’avais laissé La Varende dans ma chambre, je suis allé dans le jardin d’hiver pour jeter un œil sur la pile des livres en cours et interrompus depuis des mois : Gogol, Kawabata, Ogawa. Je les ai feuilletés les uns après les autres sans parvenir à m’attacher à l’un d’entre eux. Puis, sur le côté, j’ai vu ce livre qui depuis des semaines traîne là, à Éléonore probablement. C’est Vile Bodies de Waugh. La première fois que je l’avais vu, je l’avais feuilleté par simple curiosité en me demandant si j’avais déjà lu Waugh (Éléonore l’aime beaucoup) ; mais, à vrai dire, c’est surtout la photo qui illustre la couverture qui m’avait attiré, dont l’expression de la jeune fille « retournée », qui a l’air d’avoir été prélevée d’une autre image. Hier soir, je l’ai de nouveau eu en main, ai de nouveau regardé cette fille entre absence et félicité (son absence de la scène, la félicité qui semble n’être en rien liée aux jeux de ses compagnes et compagnons), puis l’ai emporté jusqu’à mon fauteuil. Je l’y ai entamé, en ai lu une bonne moitié, intrigué et vaguement incrédule. Qu’est-ce que c’est que cette histoire loufoque, farfelue, écrite en 1930 ? Puis je suis monté et suis allé le poser sur le lit ; je m’étais juré de me coucher tôt pour le poursuivre. (Aujourd’hui, je l’ai pris avec moi, à tout hasard, mais le 19 décembre est une longue journée et m’a pris beaucoup plus de temps que prévu.)

 

19 décembre 2012