ses ÉCRITS

Avant d'être dessinateur, Tronchet aura tenu la plume. Dans quelques fanzines estudiantins lillois d'abord puis dans des canards plus sérieux : 'le matin' comme journaliste. Les textes de cette époque étaient empreints d'un certain régionalisme que le signataire a laissé tombé depuis. Paris et ses sirènes (pin-pon) l'ont ensorcelé. Son entrée à Fluide s'est d'ailleurs opérée par le biais de quelques lignes avant l'introduction de ses dessins.
Il a logiquement scénarisé ses strips, puis d'autres : Gelli avec Raoul Fulgurex et Patacrèpe et Couillalère ainsi que Coutelis pour Bienvenue à Welcome Land.

Puis le dessin s'est cantonné sur la couverture et les premiers amours d'éditos et de courts textes liés à son ex métier de journaliste sont revenus. Le dernier bébé est un livre qui s'il n'est pas encore passé chez¨Pivot ne devrait pas y tarder.

Ses Scénarios
Ses Editos ou Articles
Son Livre
 

 


 

ses EDITOS

 

CROQUE NORD - Attention Cliché - 4e trimestre 1981 - Editions Animedia

Album FAC off avec Boucq, Cicérone, Crépin, Delan, Deleurence, Deroubaix, laly, Mackowiak, Mako, Phil, Tadjan, Vanhouten comme dessinateurs (et pas encore Tronchet)

lien sur fac off : fanzine estudiantin année 80-81 sur Lille. 6 numéros - avec Benoît Delépine (les guignols)- dessin Delann

On les croyait inexistants. Terrés au fond de leur province, calfeutrés dans leur anonymat, poignée de francs-tireurs et quantité négligeable. On ignorait tout des dessinateurs du Nord et s'il yen avait même jamais eu. Plus haut l'école belge et ses chefs de file (Hergé, Jijé, Jacobs...) impose sa production pléthorique et son chiffre d'affaire insolent. Plus bas la fourmilière parisienne, l'autre fief de la bande dessinée européenne, assoit sue le pays son impérialisme tranquille et glouton.

Et le Nord profond, coincé au milieu, passait pour être un désert de Gobi de la BD. Quelle erreur! Entre Bruxelles et Paris une poignée d'irréductibles résiste encore et toujours à l'envahisseur. Et comme pour prouver au monde stupéfait que la bande dessinée du Nord n'est pas un leurre, un mythe bâti de toutes pièces par une bande d'escrocs, soucieux de vendre une plaquette au meilleur prix et de s'enfuir ensuite avec la caisse, les dessinateurs régionaux sortent enfin de l'ombre.

Ils quittent leurs trous à rats et la léthargie recluse de vieux moines solitaires qui les habitait jusqu'alors. Diaspora grandiose des quatre coins du département qui a permis la réalisation de ce recueil.

"Croque Nord", c'est d'abord la rencontre des dessinateurs qui ont choisi de "vivre et travailler au pays". C'est ensuite le croquis d'une région, portrait hâtif qui se veut fossoyeur d'idées reçues. Histoire sans doute de tordre le cou définitivement aux préjugés, clichés et autres images d'Epinal qui traînent sur la région, depuis l'enfer du Nord jusqu'aux corons bourbeux, sordides, des nostalgiques de Zola. il y avait du pain sur la planche de BD. Les conjurés ont donnés libre cours à leur appétit grossier.

Leur coup fait, ils sont partis en ricanant ; le rire glauque et malfaisant du savant fou. Seule trace de leur passage : cette modeste plaquette, à conserver malgré tout. Au cas où, par un hasard des plus aberrants, ils deviendraient un jour célèbres et décorés de la Légion d'Honneur, tous. Sait-on jamais.

Didier VASSEUR


BEDEFIL n°2 - Septembre 1985

B.D., ton univers impitoyable...

La carte de France de la bande dessinée recoupe celle de la SNCF. Tout converge en étoile vers Paris. Pour un auteur, la réussite en B.D. passe par cette immuable cérémonie initiatique : un jour où (NDLR : l'accent y était...) l'autre, il faut mettre son costume fripé et prendre sa valise en carton, embrasser son père rugueux mais brave, sa mère en larmes qui vous mouche une dernière fois le nez et vous réajuste la cravate, saluer le village massé sur le quai de la gare et monter dans le train du destin en route vers la capitale.

Là-bas notre jeune et fringant auteur arpentera longtemps les longs couloirs blêmes des maisons d'édition, le carton sous le bras avant qu'un sous-fifre de passage, manches de chemise relevées donc nécessairement très affairé, ne daigne ne daigne jeter un oeil morne suivie d'une moue gerbeuse sur les pourtant bien épatantes aventures de Patacrêpe et Roudoudou son fidèle fox-terrier.

Ce rituel déprimant, survivance de l'indécrottable centralisme parisien, plusieurs petites maisons d'édition ont décidé de le battre en brèche en s'installant en province. C'est-à-dire au milieu des vaches et des boeufs, avec de la paille plein les sabots. Bédéfil est de celles-là. Nos dessinateurs ont choisi de dessiner "au pays" : Conrad et Commenge à Marseille, Boucq à Lille, Lefred-Thouron à Nancy...

Chez nous, monsieur, on reçoit les auteurs sur la table de la cuisine. on écarte les assiettes creuses et les miettes de pain, on pose les planches sur la toile cirée, maculée de vin et de fromage. On leur sert un bon coup de gnôle, on signe les contrats avec nos grosses mains calleuses, en roulant les "r" et en partant d'un gros rire gras qui fens en deux nos sympathiques trognes. Et puis on retourne à l'étable parce que bougredieu c'est ben beau, mais c'est pas ça qui va nourrir les bêtes.

et nous sommes persuadés d'incarner le "look B.D." de l'avenir. Les pèquenots rétrogrades des Echos des Savanes et autres Métaux Hurlants n'ont qu'à bien se tenir.

Didier Vasseur - Rédaction et Maquette


ses SCENARIOS

Raoul Fulgurex : avec Gelli
Patacrèpe et Couillalère : toujours Gelli
Bienvenue à Welcome Land : avec Coutelis
Violine : avec Tarrin

 

Raoul FULGUREX

Raoul Fulgurex est plongé dans une action permanente. Comme ce n'est pas la même action que Raymond Calbuth, le dessin ne pouvait être similaire et il est logique que Tronchet déléguât cet art à un quidam. J'avoue que je ne connaissais pas Gelli avant Raoul Fulgurex, son dessin est beaucoup plus réaliste (sur cette aventure) que Tronchet. Il raffole dessiner les dents, ses héros aux fréquents sourires sadiques les montrent sans arrêt.
Raoul Fulgurex est en fait un fonctionnaire zélé qui se trouve mêlé aux aventures de Tintin. Ses albums sont un vibrant hommage à l'oeuvre de Monsieur H. (cité tel quel au dos du 1er album). Les titres des albums sont merveilleux car ridicules sans le paraître à la première lecture : le secret du mystère, la mort qui tue, les mutinés de la révolte. On ressort fatigué mais heureux de chaque album, si on en ressort...

 

Raoul FULGUREX 1 - le Secret du Mystère - Octobre 1989 - Glénat - Dessin : Gelli - Scénario : Tronchet - Couleurs : Roubenne
Raoul Fulgurex travaille pour le 5e Bureau qui est destiné à s'assurer du bon déroulement des scénarios de séries B, travail peinard s'il en est. Il perturbera cependant un de ceux-ci pour sauver la belle Balmine, vouée à la mort, pour le prix d'un baiser. Muté dans les brigades d'intervention, il devra assurer la sécurité de Tintin dans 'le Crabe aux Pinces d'Or', et c'est là que réapparaît par hasard Balmine. Il décidera contre toute directive supérieure d'intervenir dans 'le Lotus Bleu' pour la retrouver. Ca paraît un peu confus comme ça, euh, bah ça l'est franchement mais on comprend mieux certaines actions ou réactions de Tintin après avoir lu ce livre.

Raoul FULGUREX 2- la Mort qui tue - Septembre 1992 - Glénat - Dessin : Gelli - Scénario : Tronchet - Couleurs : Roubenne
où Raoul Fulgurex est accusé, à tort, d'avoir détourné le scénario de King-Kong. Où, Accusé de trahison par ses ex-employeurs, traqué par le méchant chinois responsable de tout, dépossédé de sa belle Balmine par King-Kong himself qui en est tombé fou amoureux, les affaires se présentent mal. Où, Affublé de sa peau de léopard, il tentera de débrouiller cette histoire. Où, le lecteur ébahi, se rendra compte dès la page 47 (euh oui, l'avant dernière page), que ce tome est aussi un vibrant hommage à Tintin.

Raoul FULGUREX 3- les Mutinés de la Révolte - Novembre 1995 - Glénat - Dessin : Gelli - Scénario : Tronchet
Les pages de garde auraient quelques similitudes avec celles vues dans une autre série : mais si, souvenez-vous, celles à lignes bleu clair avec des tableaux des héros partout.
L'ambiance dans cet épisode est assez maritime : le Bounty, l'étoile mystérieuse, le Titanic. Tiens, par méchanceté pure, je vais vous dévoiler la fin. Notre héros retrouve Balmine, étonnant non !?!


Patacrèpe et Couillalère

Au contact de Tronchet, il semble que Gelli ait quelque peu 'déréalisté' son dessin par rapport à raoul Fulgurex. Le dessin est devenu si simpliste, que j'ai cru un moment que Tronchet était le dessinateur - eh ben non. Le nom des héros cache bien la philosophie des deux héros. Si l'on devine franchement que Couillalère est un cochon, il sera intéressant pour les générations futures de se pencher sur l'identité de Patacrèpe. Nous n'avons pas affaire à un récit de 46 pages, mais à des gags d'une page où les gags précédents interviennent régulièrement.

Patacrèpe et Couillalère 1 - sont de bons amis - Avril 1998 - Delcourt - Dessin : Gelli - Scénario : Tronchet - Couleurs : Roubenne
Le monde de Patacrèpe et Couillalère se résume à eux deux ou à peu près. Le seul autre personnage que l'on peut apercevoir dans cette bande dessinée, c'est un chien qui dort près de sa niche. on a donc affaire à un monde régi par 2 penseurs de pensées plus ou moins profondes. On retrouve un peu l'ambiance Tabary dans le principe avec 'Grabadu et Gabalioutchou, les deux héros les plus cons de la BD' ou encore un soupçon de Charlie Shlingo en moins fou, donc moins drôle. - je dois être de mauvaise humeur aujourd'hui...

 Patacrèpe et Couillalère 2- présidents du mondes - Novembre 1998 - Delcourt - Dessin : Gelli - Scénario : Tronchet - Couleurs : Roubenne.
Ca y est j'ai trouvé de la folie dans ce deuxième album. Et en plus on apprend que Patacrèpe est un chien. Et que le nouveau dada alimentaire de Tronchet après la Vache-qui-rit devient le Ravioli ; pas de marque ce coup-ci : Buitoni a pas voulu payer assez.
Le livre est basé sur trois axes principaux : Couillalère Président du monde : franchement totalitaire le cochon. Les raviolis : ils ont une âme. Et enfin, les rêves de seins et de femmes à poil. Tout un programme. Faudra que je relise le premier à l'occasion : il fallait peut-être 46 pages d'adaptation...



Bienvenue à WELCOME LAND

C'est Al Coutelis qui a pris le pinceau pour complémenter un scénario de Tronchet.

Bienvenue à WELCOME LAND - Mai 1998 - Audie- Dessin : Coutelis - Scénario : Tronchet - Couleurs : y'en a pas -
Scénario qui comprend quelques similitudes avec Houppeland, nous retrouvons une brigade toute-puissante qui surveille la cité pour la contraindre à se plier aux aberrations d'une société 'Big Brother' dans un futur assez proche. Ici, ce sont des épisodes - on n'a pas d'histoire (à suivre) chez Fluide - Le dessin de Coutelis est vraiment plaisant, bourré de détails dans les second-plans en contradiction avec des vignettes parfois très sobres.
C'est souvent très drôle - humour noir certes - , mais ça ressemble presqu'au réel et y'a pas, ça laisse un relent de froid dans le dos. Tronchet semble avoir été investi d'une mission : "Faire prendre conscience au monde" ; si ça tombe, il avait déjà démarré avec Raymond Calbuth et je n'avais pas compris...
Autre chose que je n'ai pas comprise, la lecture de ce livre m'a donné envie de me replonger dans Hard Boiled de Darrow que je n'avais pas lu depuis un bail ; je ne sais pas pourquoi, mais je les associe. Profitez-en pour le (re)lire, ça ne peut pas faire de mal.


 


VIOLINE

Violine 1 : les Yeux de la Tête - Mai 2001 - Dupuis- Dessin : Fabrice Tarrin - Scénario : Tronchet

"Je m'appelle Violine, à cause de mes yeux" ; bah, oui, elle a les yeux violines...
Elle a surtout des yeux qui lisent les pensées d'autrui et elle s'en sert.
Dans ce premier épisode, Violine gamine partage son temps entre un cocon familial - très cocon mais pas très famille - et son école. Elle les quittera tous les deux à la fin en quête de son père - désolé, je dis la fin, mais on devient taquin à lire ce genre d'histoire.
Cet album, prépublié dans Spirou agrandirà partir du Numéro 3282 du 07/03/01, semble le prédestiner à un public jeune- c'est le premier album pour jeunes de Tronchet. Ce qui est surprenant est qu'il se soit acoquiné avec Tarrin qui sous le patronyme de Fabrice a dessiné l'une des bd les plus noires (en humour) que je connaisse : Monsieur Tue Tout.
Tronchet & Tarrin, chassez le naturel, il revient au galop : on y trouve une dose non négligeable d'humour noir, de cruauté et de méchanceté : un seul adulte ne semble pas froncièrement méchant, c'est le chauffeur de Violine.

critique des gamins que je cotoie et qui l'ont lu : ils adorent.

 


Son Livre

 

Petit Traité de Vélosophie
Le monde vu de ma selle

Editions Plon - Mai 2000

Une ébauche de ce traité avait été écrite dans les pages de Libération courant Juillet 1999.
Apologie de l'utilisation de la Bicyclette en lutte contre la Voiture. L'ouvrage est composée de multiples paragraphes contigus. D'uns pour vénérer le deux-roues, d'autres pour occire les vertus du quatre-roues. Une lecture approfondie devrait voir naître une analyse un peu plus poussée de cet ouvrage qui ajoute une nouvelle corde à Tronchet. Expression surprenante, est il plus facile de tirer à l'arc avec plusieurs cordes???
A noter que son nom d'écrivain s'attribue un prénom : Didier Tronchet

La lecture approfondie a eu lieu. l'analyse a donc lieu. Pourquoi Tronchet a écrit ce traité : j'y vois deux raisons

- un appel au monde pour signifier sa ferme volonté d'être incinéré.
- un coup de poing virtuel dans la gueule de la méprisante présidente qui lui a empêché d'étaler sa prose revendicative pour l'établissement d'un monde cycliste.

Quelques hommages :

- à tante Louise
- à l'héroïsme de sa dernière création co-maritale qui à18 mois affronta les pluies acides de la capitale sans maudire bruyamment le célérifère et son pilote.
- et à la bicyclette bien sûr.

Quelques critiques :

le canard (12/07/00)
libération

 

 


 

conception : samuel masson