Menu 1001 nuits - Combat - Création de personnages - Liste d'occupations - Liste d'adolescence - Gastronomie

Bagdad au temps d'Harûn al-Râchîd

Le règne d'Harûn al-Râshîd représente aux yeux des arabes l'apogée de l'empire abbasside. Temps de référence pour l'étendue de l'empire et son organisation, sa culture, sa gastronomie, ce règne a été sujet de maintes légendes (notamment les 1001 nuits) et constitue donc une période idéale pour placer sa campagne des 1001 nuits. Ce petit article se propose d'apporter quelques informations sur cette période et notamment ses personnalités

Le Calife et les Barmakides

Harûn al-Râshîd devient calife à l'âge de 23 ans en 765. Il est conseillé et dirigé par Yahyâ ibn Khâlid, le vizir, de la famille persane des Barmakides, du rang desquels sortent de nombreux secrétaires, conseillers et ministres. Celui-ci a deux fils, Al-Fadl et Dja'far. Ce dernier liera une amitié passionnée et ombrageuse avec Harûn. Cette famille des Barmakides va jouer un grand rôle dans la conduite des affaires et imprimèrent ce goût de la libre discussion et de la philosophie qui animait guère le calife. Harûn al-Râshîd, d'une grande susceptibilité, prendra de plus en plus ombrage de leur pouvoir. Il les désavouera d'ailleurs publiquement en 804 (5 ans avant sa mort) et les écartera définitivement du pouvoir.

Le Conflit pour la succession

Un autre conflit latent au sein de la cour concerne la succession d'Harûn. Il avait un fils 100% arabe, al-Amîn, et un fils né d'une concubine persane, al-Ma'mûn, qui semblait plus apte à gouverner. Il s'agit à la fois d'un conflit au sein de son harem (en particulier du fait de l'intrigante Zubayda, première femme du calife et mère de al-Amîn), d'un conflit racial (entre arabes et musulmans non-arabes, persans en l'occurence) et d'un conflit religieux (al-Ma'mûn était proche des shi'ites et surtout des mu'tazilistes qui prônaient la liberté de décision de l'homme et la théorie du Coran créé). A la mort d'Harûn, ce conflit dégénera d'ailleurs en véritable guerre civile qui verra la victoire d'al-Ma'mûn..

Le comportement du calife

Harûn al-Rashid jouissait d'une grande popularité. Pour l'entretenir, il partait une fois par an soit en pélerinage à la Mekke, soit en guerre sainte contre les byzantins ou des ennemis de l'empire. Il lui arrivait également de conduire en grande solennité la prière du Vendredi à la grande mosquée de Bagdad. Mais, dans son palais, il s'entourait de jeunes hommes imberbes et de poètes. Le celèbre poète Abu Nûwas, chantre du vin et de l'amour, était un ami intime du calife. Le calife jouissait également d'une grande célébrité "à l'étranger": il aurait des contacts fréquents avec des ambassadeurs venus de l'empire de Charlemagne et de l'empire Tan'g. Il est d'ailleurs intéressant de noter que ces empires connaissaient également leur heure de gloire à cette époque (couronnement de Charlemagne à Rome en 800 si je ne me trompe). L'empire carolingien obtint d'ailleurs le patronage du clergé de Jérusalem et des droits sur les lieux saints chrétiens de la ville qui furent d'ailleurs restaurés avec de l'argent provenant de l'empire européen.

Bagdad : la ville

Baghdad est appelé la Ville Ronde du fait de la forme de ses remparts. Mais la ville en déborde largement, en particulier avec le faubourg sud de Karkh où passe le canal naviguable 'Isâ qui mène jusqu'au Tigre. De son côté, la ville ronde proprement dit est desservie par un énorme aqueduc. Le palais occupe 1/3 de la Ville Ronde et se situe en son centre. Selon des descriptions de l'époque, le luxe dépasse toute démesure, on y dénombre 22000 tapis, 38000 tentures dont 12500 sont brodées de métaux précieux. Les pièces du palais sont indénombrables. Le palais fourmille d'auxiliaires de tous ordres: militaires (parmi lesquels les Khurasaniens -iraniens de l'est- commencent à supplanter les arabes dans l'armée), serviteurs, poètes, artistes, philosophes ou surtout kuttâb (fonctionnaire, scribe).

les polémiques politico-religieuses

La libre-discussion favorisée par les Barmakides verra s'épanouir les polémiques d'ordre politico-religieuses. Voici quelques mouvements qui dévient de l'orthodoxie:

Les "libres penseurs": Dans le camp des "libre-penseurs", on trouve les philosophes dont un grand nombre favorisent les interprétations allégoriques du Coran et le Mu'tazilisme (voire le Shi'isme). Il faut dire qu'un grand nombre de lettrés sont persans d'origine. Ils tendent également à peu respecter certains préceptes du Coran (le vin par exemple).

Les Shi'ites: Depuis la mort du dernier descendant direct du Prophète, Djâfar al-Sadik, en 765, le shi'isme développe des théories plus ou moins messianiques (retour de l'imam caché) et continue de fomenter des révoltes un peu partout. En gros, ce sont des fouteurs de merde qui s'appuient sur une partie des kuttab (fonctionnaires) et sur le ressentiment populaire des citadins pauvres. C'est également à cette époque que les shi'îtes se divisent entre shi'ites traditionnels et isma'iliens. Ces derniers véhiculent clairement l'idée d'un retour de l'imam caché et ont des ambitions politiques importantes. Des états d'obédience isma'iliennes se créeront plus tard (pillards Qarmates au Bahrayn, Fatimides en Tunisie puis en Egypte).

De leur côté les sunnites traditionnels (interprétation littérale du Coran, théorie du Coran incréé) tentent de mettre au pas tous ces "déviants". Cependant, ils sont eux mêmes divisés, en particulier en ce qui concerne le droit. L'époque d'Harûn voit la naissance des grandes écoles juridiques (hanéfites, malékites, chafi'ite et Hanbalite).

Les difficultés de l'Empire

Les difficultés qui apparaissent à l'époque d'Harûn al-Rashîd et qui vont à terme causé la déliquescence du califat sont de deux ordres. D'abord, d'ordre financier; la cour entretient un train de vie bien trop luxueux et pour trouver de l'argent pour les finances publiques, on prend l'habitude de donner des circonscriptions fiscales comme rétribution à des militaires ou les vendre pour obtenir des liquidités. L'état gagne ainsi de l'argent à court terme, mais perd des revenus fiscaux. d'autre part, le système fiscal basée en grande partie sur la terre fait cohabiter des campagnes où les paysans sont misérables et des villes opulentes. La deuxième difficulté est le démembrement de l'empire: l'Espagne s'affranchit définitivement de l'autorité du calife, une dynastie shi'ite apparaît au Maroc, l'Orient (Khurasan, mer Caspienne) est secoué par des révoltes constantes. Harûn al-Rashîd donne à un de ses officiers khurasaniens, Ibrahim al-Aghlab qui avait maté une révolte à Kairouan, l'Ifriqya (la Tunisie) en fief. C'est le début de la dynastie Aghlabite en Tunisie. Apparaissent également à cette époque les premiers raids de nomades d'Asie Centrale.

Les personnalités de la cour

Al-Fadl: fils aîné du tuteur de Harûn al-Rashîd, Yahyâ ibn Khalîd, de la famille des Barmakides. Ses relations avec le calife sont orageuses. Celui-ci lui préfère son frère Dja'far.

Dja'far: intime de Harûn, il entretient cependant des relations parfois difficiles avec lui et ils se disputent quelque peu la réalité du pouvoir.

Abu Nûwas: poète bachique, composant des hymnes au vin et à l'amour. Il aime autant les femmes que les jeunes garçons.

Zubayda: première femme du calife qui intrigue pour voir son fils al-Amîn, moins doué que al-Ma'mûn, fils d'une concubine persane, succéder à Harûn al-Rashîd.

Dja'bir ibn Hayyân: Dja'bir est l'alchimiste arabe le plus célèbre. Il se dit lui-même disciple de Dja'far al-Sadîk, le dernier descendant direct du prophète. C'est donc un shi'ite qui fut introduit à la cour par l'intermédiaire des barmakides et qui tomba en disgrâce à la même époque. Je trouve qu'une certaine odeur de soufre se dégage de ce personnage à la personnalité trouble. Ses talents de (al)chimistes semblent avoir été très réels. (tiens, on parle de lui dans le supplément Mysteries d'Ars Magica. Ses ouvrages d'alchimie était connu en occident sous le nom de Gerber)

Abu Yusuf: Abu Yusuf est Grand Cadi de Bagdad, une charge créée par Harûn al-Rashîd afin de contrôler la nomination des cadis (juges religieux). Il est un disciple d'Abu Hanifa, le créateur de la doctrine juridique hanéfite qui met le principe d'équité au même niveau que le Coran et la Sunna et utilise les principes d'analogie pour régler les problèmes. Abu Yusuf est un sage et il est très proche d'Harûn.

Abou Ishaq Ibrahim Ibn al Mahdi : demi-frère cadet de Harûn al-Rashid, Ibrahim est un homme de cour, poète raffiné. Ce sont cependant ses talents culinaires qui l'ont rendu célèbres. Harûn encouragera sa gourmandise en lui offrant une esclave aux talents culinaires réputée, Badi'a. Nommé à deux courtes reprises gouverneur de Damas, Ibrahim tente de ne rester neutre dans les conflits et notamment celui de la succession. Il ne parviendra pas à le faire après la mort du Calife... Mais ceci est une autre histoire. Plus d'infos dans la page Cuisine Médiévale Arabe...

Ulayya : la soeur cadette d'Ibrahim est une danseuse réputée à la cour, de sang très noble par ailleurs