ATTENTION LE TEXTE EST TRES LONG
MAIS TRES, TRES, TRES INTERESSANT
et pis en plus, comme j'ai tout tapé tout seul, eh ben, il faut tout lire, m'enfin !!! 

   

L'étymologie du mot « cocktail», et non « coquetel», comme certains voudraient le voir orthographier, est entourée de mystère.
Nous possédons plusieurs versions touchant l'origine de ce nom. Un historien américain prétend que le mot et la chose sont aztèques: un grand chef aimait beaucoup une boisson mélangée que lui aurait servie une jeune fille du nom de Oxo Chiti, et cocktail serait la déformation de ce prénom.
L'Anglais Thakeray raconte que les combats de coqs étaient accompagnés de grandes beuveries et que le dernier drink, avant de se séparer, était bu par les spectateurs à la santé de la queue du coq vainqueur : Cock ... tail.

Cependant, la version la plus courante est celle du cabaretier Flanagan, lequel avait une fille et un coq de combat, qu'il aimait beaucoup l'un et l'autre. Un jour, le coq ayant disparu, Flanagan fit savoir qu'il donnerait en mariage sa fille à celui qui ramènerait le coq vivant. Après des semaines d'attente et de désespoir, un officier de l'armée d'Indépendance descend de cheval et remet au tavernier son coq qui, hélas! dans son escapade avait perdu... sa queue. Flanagan, ravi, offre une tournée générale. Sa fille est tellement impressionnée de voir son futur époux qu'elle ne sait plus ce qu'elle fait, se trompe de bouteilles, fait des mélanges divers et finalement sert une boisson nouvelle qui, bue à la santé du cock et de sa tail, est baptisée sur-le-champ cocktail.

Quoi qu'il en soit, il apparaît certain que le cocktail est d'origine anglo-saxonne, bien que de tout temps on ait, partout, mélangé les liqueurs et les boissons, notamment aux Antilles, aux Indes et dans certaines provinces vinicoles françaises.
Il est même certain que les Anciens connaissaient cette pratique et qu'ils en usaient dans leurs festivités.
Mais les cocktails d'aujourd'hui sont sûrement bien éloignés du mélange dû à l'émotion de miss Flanagan et des boissons composées servies dans les agapes romaines.
Le cocktail subtil et raffiné est devenu un art ayant ses lois et ses règles. Il possède ses classiques et ses fantaisies.

Le cocktail est l'art d'accommoder les saveurs, d'harmoniser les mélanges. Ne réussit pas un cocktail qui veut. Il faut connaître les alcools qui peuvent se marier, étudier heureusement les proportions des assemblages possibles.
Cet art fut d'abord réservé aux hommes ; les femmes n'entraient guère, avant 1914, dans les bars (ils leur furent même jadis interdits). Puis, petit à petit, elles vinrent aux cocktails.
Actuellement, on prend des cocktails en famille, le shaker fait partie des cadeaux de mariage, le bar est aussi un meuble d'appartement. On peut même dire qu'on déguste autant de cocktails dans les salons que dans les établissements publics.
Malgré cette généralisation, les amateurs sont-ils certains de savoir réellement faire un cocktail ?
Il ne suffit pas de mélanger du gin et du vermouth sec pour faire un « Martini ». Il faut connaître les
proportions exactes, et il est sage de suivre les indications de barmen professionnels et de faire le mélange des ingrédients tel qu'il est indiqué pour chaque recette.
On peut avoir parmi ses invités des amateurs de cocktails qui aiment qu'un Rose ait le goût d'un Rose et qu'un Manhattan soit réellement un Manhattan, chez vous comme dans un bar.
Il ne s'agit donc pas de remplir un petit verre d'alcools variés, plus ou moins mélangés et glacés, pour se croire barman ou barmaid.

Le cocktail est un art et, comme pour tous les arts, à moins d'être exceptionnellement doué, il faut se tenir aux normes et n'innover qu'avec modération.
Et, à propos de modération, c'est ainsi que le cocktail doit être bu. Il ne faut pas abuser des bonnes choses.
C'est un stimulant qui produit son effet comme un coup de fouet; le cocktail n'est pas qu'un apéritif, il excite l'appétit avant les repas, et sa composition variée offre à toutes heures du jour une boisson correspondant à la nécessité du moment.
Il en est de légers, de violents, de très secs, et d'autres qui se boivent à l'eau, ne vous en déplaise.
Le cocktail ne doit jamais apparaître sur la table où l'on prend ses repas; mais il est séant et nécessaire même de grignoter quelques chips, bouchées ou olives en le dégustant.

 
  La connaissance des formules ne suffira peut-être pas à faire un excellent «mixer», il faut aussi beaucoup de doigté. Certains produits se versent goutte à goutte et non en jets (qui viendraient ruiner l'harmonie gustative la mieux étudiée).
N'oublions pas que l'on boit autant avec le nez et les yeux qu'avec la bouche; aussi, lorsque vous ajoutez un zeste de citron ou d'orange, ne le déposez pas au fond du verre, mais l'olive ou la cerise doivent, elles, obligatoirement se placer dans le verre avant de servir.
N'employez jamais de glace trop finement écrasée, elle se résout trop facilement en eau.
N'utilisez que des produits de qualité, grandes marques reconnues ayant fait leurs preuves.
Tenez-vous, au début du moins, à la confection de quelques grands classiques dont vous trouvez la recette partout, à une légère variante près. Vos invités seront satisfaits de les retrouver. Ayez peut-être une ou deux fantaisies de votre cru, mais pas plus, c'est largement suffisant.
N'ayez pas un matériel trop considérable ni trop encombrant, mais une verrerie appropriée et attendez que votre savoir soit grand avant d'acheter une râpe à noix muscade, qui fait si bien, mais dont l'emploi est rarement nécessaire.
N'oubliez jamais que les alcools les plus denses doivent être versés les premiers et ayez vos bouteilles sous la main.
Le cocktail à domicile est maintenant une réalité; il fait partie des bonnes mœurs. Vous vous devez de pouvoir procurer cet agrément à vos convives. Dans peu de temps, votre savoir peut égaler le nôtre, mais n'oubliez pas que l'homme étant le seul animal qui boit sans soif, il doit le faire avec discernement.

PAUL DE MONTAIGNAC,
Chargé de presse de la Fédération
des barmen professionnels français
juillet 1953

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