1998 : Chamboultou

1. Du boulot

Dans les mains du garagiste
y a un moulin un moulin
dans les mains de la fleuriste
bourgeonne un amour
incertain c'est certain

Les ailes des moulins
brûlent le vin le levain
dans le fond t'avais pas tort
si les quenouilles tournent encore
en voilà du fil à retorts

Sous l'arpion des matelots
flottent les flots
flop, flop, flottent
au téfond des cachalots
les matelots
s'arriment au dernier port-mort...

Le dos des vitriers
ballade un monceau
de carreaux
dans les mains du plâtrier
frissonne la neige
du galop des chevaux

Le reflet des carreaux
mire un ruisseau
mire un ruisseau
dans le fond t'as vraiment pas tort
trinquons avant qu'ils n'aient absorbé
toutes les rivières d'or

Mais tout ça c'est du boulot
du boulot, du boulot

Dans les billes des maraudeurs
brille une odeur
une autre odeur
les cils des paludiers
s'évaporent dans du beurre salé

Le coeur des ramoneurs
taché d'ailleurs
d'âtre à l'heure
dans la torpeur bien au fond
si les rêves sont toujours d'accord
en voilà un qui vole encore

Les ailes des aviateurs
nagent dans les nues
nues nuages
par delà les amarrages
les âmes sans age
se balancent comme le vente chante

Les chaises des condamnés
ça fait du boulot
aux bourreaux
les bottes des égoutiers
barbottent la lie
flux hallali des eaux

Ces salauds de bourreaux
n'auront pas nos peaux
pas nos peaux
dans nos fond t'as vraiment pas tort
grisons nous car il est encore
temps de se noyer dans l'aurore

Mais tout ça c'est du boulot
du boulot, du boulot

Tes mains brûlent mes seins
et mes coussins mes coussins
les papilles des cuistots
lancent des couteaux
gare à vos bouts de peau

Sur tes fesses mes grands yeux
tournicotent saperlipopent
toutes les filles des cieux
jalousaient ton cul
j'en étais pas malheureux

Mais tout ça c'est du boulot
du boulot, du boulot
d'la culbute et du rodéo
du boulot
demain on m'verra pas au boulot
j'ai rodéo


2. Les hirondelles

Si ton pied s'retrouvrait endurci
à marcher sur le fil de la vie
tu n'oublieras pas qu'il aurait pu s'amarrer là
Un canard ça fend l'canal en deux
et des rives en dérive
d'un chemin t'en fais deux
tu préfères les galipettes
mais aussi les poireaux vinaigrette

Vendredi il m'a dit c'est fini
t'as brûlé le fil de la vie
elles lacéraient le ciel en volant
les hirondelles

Il arrivera quelques fois
que le jour un jour viendra
les enfants ça dit tout ça
ça dit tout ce qu'on ne veut pas
dire qu'on est trop vieux déjà
Sous les ponts du sursis t'as choisi
de barioler les fils de la vie
n'oublie pas n'oublie pas
qu'taurais pu te sécher là

Cet hiver qui fend la goule en deux
et des rives à pleurir
et mourir dans tes yeux
tu préfères la bicyclette
le romarin et la ciboulette

Vendredi ne sera jamais fini
un bruissement de tes lèvres a suffi
elles criblaient les nuages en volant
les hirondelles

Il arrive encore une fois
que ce jour ce jour est là
un enfant m'a dit tout ça
m'a dit tout ce que je ne veux pas
dire que je suis trop vieux déjà
Les hirondelles sont partis
tiens aujourd'hui
c'est samedi


3. Les roseaux

L'habitude
non mais fioritude
oui mais garniture
tu re commence r titude
d'arc ommoder à force
or ce qui peut m'incommoder
à force s'il en est
t'il qu'on puisse
puisse vivre avec
moderato sur ton piano

Tiens toi bien pas de travers
tiens toi bien droit pas à l'envers
tu n'es plus un poisson ni un caméléon
mais un homme…
petit, tout petit
le vent couche les roseaux

Certitude
non mais attiture
une oui mais à l'allure
tu participes r titude
à la cacophonie faut bien
car ce qui peut
s'acco order entre ciel et bas
c'est ma pomme
pomme sans les pépins
moderato sur ton piano

Tiens toi bien pas de travers
tiens toi bien droit pas à l'envers
tu n'es plus un poisson ni un caméléon
mais un homme…
petit, tout petit
le vent couche les roseaux

Quelle foutaise
fou voir
qu'elle se taise
aise ah sinon mayonnaise
si non si oui si ya or no
je éteindrai la flamme
et la braise que tu baises
moderato sur ton piano

Tiens toi bien pas de travers
tiens toi bien droit pas à l'envers
tu n'es plus un … ni un …
mais un ...
petit, tout petit
le vent a bordé les roseaux


4. Chamboultou

Au chamboultou
j'ai visé sur madame censure
j'en avais ras le pompon
qu'elle découpe mes chansons
comme tous les coups sont permis
même ceux sous la ceinture
zut alors n'hésitons pas
visons les parties bas !

5. Oublie cette chanson

Voilà cette chanson
qu'on pourra caresser
car c'est une chanson
faite pour s'oublier
un morceau de carton
ou de verre élimé
une chanson qui dit tout
mais surtout rien du tout
car c'est à si méprendre
quand on la voit passer
semant ses vers d'ambre
sur mélodie glacée
dites lui que frémir
sur le sel d'un baiser
la chanson dira tout
mais surtout rien du tout
on aura beau presser
les fruits rouges ou rosés
elle mentira les siens
la chanson qui dit rien
portée par le silence
elle viendra se poser
là où se balancent
les étoiles écorchées
la vile chanson
qui ne dit pas son nom
qui raconte tout bas
ce qu'elle ne dira pas

oublie cette chanson
qui ne fait que passer
car cette une chanson
faite pour s'oublier

la voilà sans raison
glisser sur l'oreiller
belle comme une chanson
qu'il faudra oublier
en robe de chiffon
ou d'hiver défroissé
elle nous dira tout
surtout mais rien du tout
car c'est à si m'éprendre
quand vient à couler
sur son aile tendre
nos désirs désirés
dites lui que maudire
ses notes aiguisées
ce refrain qui dit tout
surtout mais rien du tout
t'auras beau traverser
les cercles embrasés
elle ne nous dira rien
cette chanson a du chien
et dans le vide immense
elle viendra déposer
une effluve d'absence
sur nos corps écorchés
la vilaine chanson
qui ne dit pas son nom
qui raconte tout bas
ce qu'elle ne dira pas

oublie cette chanson
qui n'a fait que passer
car c'est une chanson
faite pour s'oublier


6. Le créditeur

Y'a du croûton dans les poumons
et d 'la vaisselle sous les aisselles
d'la cire en bloc et dans le froc
des castagnettes qui s'entrechoquent
une libellule espagnole
m'a tout appris du flamenco
j'avais l'coton dans la guibole
elle m'a couché comme un taureau
y'a du cafard dans les cheveux
et du brouillard dans les yeux
du bric à brac et dans le broc
nos pâtés d'tête qui se disloquent
une farouche polonaise
m'a tout appris d'la mazurka
j'étais rond comme une polonaise
elle m'a délaisse dans mon cas
Total des montants 58 mille
solde créditeur moins quelques heures
pour le reste on verra tout à l'heure
y-a d'la fissure dans les allures
et du salpêtre y a du salpêtre
du clic en claques et dans le stock
des girouettes qui tournicotent
un kamikaze soviétique
m'a tout appris du kazatchok
j'ai repris ma claque et mes clics
et une manchette qui m'a mis knock !
y a du ragot dans la viscère
et tous ces mots dans la poussière
du corps en vrac crois tu qu'ça l'choque
les mitraillettes qui nous rétorquent
une fiévreuse brésilienne
m'a tout appris de la samba
coulée de chair diluvienne
elle m'a noyé dans ses vingt bras
Total des montants 78 mille
solde créditeur moins quelques heures
et pour le reste on verra tout à l'heure
y a du pognon dans les frissons
et du rosier dans les gosiers
du chatterton qui scotche nos loques
et des fourchettes qui picotent
une mini souris parisienne
m'a tout appris du french cancan
quand j'ai descendu la persienne
ma tête a roulé dans le champs
Total des montants 118 mille
solde créditeur moins quelques heures
et pour le reste
le compteur électrique n'est pas asthmatique
mais nos portefeuilles s'effeuillent
et vu qu'il nous reste un quart d'heure
sur notre solde créditeur
j'en reprends 20 sous pour quelques heures
à tout à l'heure

7. Le coeur a sa mémoire

Le cœur a sa mémoire
il nous conte l'histoire
des souvenirs enfouis
au creux de notre vie
il refait le chemin
nous tenant par la main
le chemin de l'exil
dans les parfums d'avril

Et quand il plie bagage
il refait le voyage
que nous avons suivi
en quittant le pays
laissant sur le chemin
tous ceux auxquels on tient
sans espoir de retour
tous ces romans d'amour

Pleurons sur les guitares
pleurons sur la mémoire
de ceux qui sont partis
du creux de notre vie
tout en serrant les poings
vers leur sombre destin
que nul ne peut chanter
que nul ne peut changer

Et pour que leur histoire
demeure en nos mémoires
ne laissons pas les mots
transformer en lambeaux
tout ce qui fut la vie
de ceux qui sont partis
sur les routes d'exil
dans les parfums d'avril
8. Parazite

Parazite mon pas mon rat mon zite
pas rasé plein de tics
bardé d'incontinence
par là-bas les v'la les antiparazites
foutons l'camp au plus vite
déclamons ô pitance

allons voir à London
si y a du poil à s'faire
d'la reine ou du gazon
qui saura satisfaire
sans vénalité aucune
l'appétit d'un para-
zite errant sous la lune
Jojo plie ta misère prends ton ballot
je t'emmène à Melun
on ira voir passer les trains
puisqu'il faut répéter
qu'on est pas v'nu pour y rester
jojo prends mon chéquier
mes écussons et mon banquier

Parazite mon pas mon rat mon zite
pas rasé plein de tics
bardé d'incontinence
par là-bas les v'la les antiparazites
foutons l'camp au plus vite
déclamons ô pitance

on s'est pris le béguin
d'une duchesse en vison
qui cultive si bien
l'amour et le biffeton
elle a l'épiderme cossu
le champignon propice
on s'y colle dessus
jojo fume du cigare dans une auto
sur l'trottoir de Berlin
ceuille les fruits de sa catin
on vit que pour rêver
d'une aventure à bon marché
quand jojo va braquer
il prends mon costard et mes papiers
s'il y avait moins de parazites
y aurait-il moins de flics
s'il y avait moins d'agents
y aurait-il moins de truands
ah cette question me brûle les plumes
t'en fais pas ça r'poussera
me répondit la lune
jojo ne m'a laissé que quelques os
me v'la seul à Melun
où je regarde passer les trains
qu'à vouloir m'y frotter
j'ai fait bien plus que d'y goûter
et c'est comme ça que j'me suis r'trouvé



9. Dans la gueule du loup

Peuple français
tu as tout vu
oui tout vu
de tes propres yeux
tu as vu notre sang couler
tu as vu la police assommer les manifestants
et les jeter dans la seine
la seine rougissante n'a pas cessé
les jours suivants
de vomir à la face du peuple de la commune
les corps martyrisés
qui rappelaient aux parisiens
leur propre révolution
leur propre résistance
peuple français tu as tout vu
oui tout vu de tes propres yeux
et maintenant vas tu parler
et maintenant vas tu te taire
10. Guignol

On sait bien que tout ça c'est du guignol
suspendu au crochet du boucher
alors ne traînons pas qu'on en rigole
de cette mascarade empaquetée
que nous livre la bonne société
le reste n'est qu'affaire de branquignoles
y a toujours eu les uns et puis les autres
y aura toujours du pain pas pour les autres
la miche bien dorée moi j'en raffole
deux trois gouttes bien après sifflotante si flottante
tu rentres du cabaret chancelante chancelante

Tu sais bien que tout ça c'est d'la bricole
du précaire emballé c'est pesé
les éclats d'une vie qu'on rafistole
on avait pourtant pressenti la chose
la chose tant pressen pour ti on a-
vait livré tant de chair à la casserole
alors on s'engagea sans yeux ni bras
on rampera même s'il le faudra
mais on ne loupera pas la farandole

Ne laissons pas les chacals brouter nos idéals

On sait bien que tout ça c'est à l'école
quand tombent les quatre vérités
la vérité de toi que tu racoles
quand 2 fois 3 et 4 plus 2 ne font pas 6
et qu'on voyage les poches crevées
vous ne vous trompez pas elle est bien folle
chevauchant des chevals jamais dressés
pissant à la face du monde entier
elle buissonne la ronde et puis s'envole
à petits pas va la saison à part du temps passé
qu'est ce qu'il te reste
un sentiment mal accroché hier c'était les communistes
demain j'ouvre le magasin

Car j'ai dans mon placard un gros pactole
d'histoires qu'il est temps de débroussailler
avant qu'ils ne m'affublent en camisole
dans cette bouillabaisse faisandée
on s'est mis dans une foutue purée
le nez pas dans le vent mais dans la colle
alors on s'invita dans l'au-delà
on rêvera même s'il ne faut pas
mais on ne loupera pas la farandole

Ne laissons pas les chacals brouter nos idéals

On sait bien que tout ça c'est du guignol
suspendu au crochet du boucher
alors ne traînons pas qu'on en rigole

Ne laissons pas les chacals brouter nos idéals



11. Ecris-moi

Les cigarettes se consument sous la lune
le cabestan hissant
le fardeau des enclumes
taille les plumes
du sang jaillissant
sur l'horizon engorgé sous la brume
je m'acclimate
aux saisons à trois pattes
qui se bousculent
pour quelques patates
ça fait du bruit dans les ciels
ça ne dit rien mis à part l'écume
la bave brune s'écoulant
les écorces laissent la place
écris-moi, crie-moi

Toi moi, crie-toi
écris-moi toi crie pas comme ça
toi quoi qu't'as dans l'bas
crie qu't'as des fois froid dans toi
crois-toi moi pas
écris-moi toi une fois

Les hommes fous s'éclaboussent sous la rousse
l'or du croissant flottant
sur la vague et la mousse
qui taille douce
la branche plissant
sous les images effritées de ta frimousse
je décommunique
et j'oublie cette musique
qui me gargouille
et me fait la nique
ça fait du bruit dans les ciels
ça crie des fois haut perché mais en douce
la lave brune s'écoulant
si les mers meurent en déserts
écris-moi, crie-moi

Toi moi, crie-toi
écris-moi toi crie pas comme ça
toi quoi qu't'as dans l'bas
crie qu't'as des fois froid dans toi
crois-toi moi pas
écris-moi toi une fois

moi qui avait tout vu qu'avais tout entendu
un brin d'herbe me cachait la vue du monde
mets du faux cil à tes cils et du tragie dans la comédie
moyennant quelques secondes, ici bas















13. Vent chante

Elle est bien courte la mémoire
qu'on a b'soin d'un coup d'pied dans l'cul
pour ne pas oublier l'histoire des enfants
qui partaient sans savoir
quoi chantait le vent
il vente pour déguiser les pleurs
il vent chante
pour toi qui n'écoute pas
c'est toujours après qu'on y pense
le temps ne s'excusera pas
12. Mon slip

Parce qu'il n'attachait pas son chapeau
les marécages
l'on avalé tout cru tout chaud
dans les nuages

C'est bien normal car son chapeau c'était un corbeau
profitant de l'orage
il avait rendez-vous
aux peupliers sauvages

Maintenant qu'j'ai l'crâne tout rasibus
on pourrait croire on pourrait croire
qu'les corbeaux ça vit dans les gares
je n'veux pas être de ce départ

Si toutes les fleurs
portaient un nom
on t'appellerait
fille de rien
les corps sont beaux
sans les âmes
sur les gammes
les corbeaux
tachent le large paysage
du concerto des chapeaux

Parce qu'il laissait flotter son manteau
les feux de glace
dans le blizzard des hauts fourneaux
plus une trace
que voulez vous mais son manteau c'était une peaux de vache
l'herbe de carne du troupeau
qui fricotait du rififi
la rixe lui brûlait la peau
maintenant qu'jai l'poitrail dépourvu
n'allez pas croire n'allez pas croire
qu'les chameaux ça traîne pas les bars
quand ils ne sont pas au placard

Parce qu'il n'enlaçait jamais ses croquenots
ah misère
le ciel c'est la terre craquelée
et mes chaussons c'est du papier
quelle connerie mais ces godasses en croco
qui s'font la belle
mais on aurait dit qu'j'aurais rien dit
vu que je marche à côté d'elles

Maintenant qu'j'galope nus pieds sur l'eau
on pourrait croire on pourrait croire
qu'les caïmans ont faim de m'voir
chacun trouvera son histoire

Cette fleurs
porte un nom
on l'appelle
fille de rien
les corps sont beaux
sans les âmes
sans nos nos armes
nos oripeaux
et légère, passagère
je plongerai dans les eaux

Ca compte pas, c'est dégueulasse
on nous a piqué nos enfances
ça compte pas cette fois là
on m'avait pas prévenu tout ça
n'y comptez pas, j'vous l'dirai pas
où l'on a planqué les morceaux
nos allumettes et nos copeaux
j'vous l'dirai pas, j'vous l'dirai pas
et dans les flammes des corbeaux
des peaux de vache et des crocos
danse l'insouciance

Mais si mon slip est en kangourou
soit circonspect ou bien alors
reprends ton vieux clacos en or
mon vieux corbeau
et moi j'arrête tout




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