1993 : Fleur de yeux

1. Dame !

Dame !
Quand je fais des gammes
Dame !
Ça fait du Ramdam
Dame !
Moi je fais des gammes
Dame !
Sur un beau tam-tam
Dame !
(C'est pas du bas d'gamme)
Dame !
Quand j'en ai ma claque
Dame !
Je saute dans le Tram
Ouais !
Et je vais voir les dames
Dame !
De la rue Saint-Denis
Que !
Je leur dis Mesdames
Dame !
Je voudrais un croque
Dame !
Oui z'un croque madame
Dame !
Mais keski se trame
Dame !
Est-ce donc un drame
Dame !
de d'mander z'un croque
Dame !
Oui z'un croque madame
Dame !
Aux dames d'ici
Bas !
Dont les bas résillent
Dame !
C'est la Beresi
Na !
C'est un vrai traqueu
Nar !
Quel Mic-Mac
Dame !
J'vais m'plaindre au syndic
Dame !
Au syndic des macs
Mick !
Voici l'résumé de ma rude journée:
Tam Tam Tam Triple Nique et colère Drame Pique
Dame Pipi Pis que Niqué dans Paname



2. Les papiers

Si l'on ne jetait plus nos papiers dans les rues
le petit balayeur ne travaillerait plus
au bord de ton veston
les lèvres endormies
il a une tête qui fume son clope
et l'autre main qui nettoie la capitale
posé sur ton talon
ô mes doux caniveaux
mes senteurs d'aurore
sur la terre qui dort
j'ai vingt ans j'ai trente ans ou peut-être cent ans
dans un jour une fois plus tard mais qu'importe
on se retrouvera dans la même maison

Pour cueillir en rêvant nos papiers dans les rues
le petit balayeur met sa belle tenue
sur la blanche saison
les feuilles étourdies
l'œil d'un matin gris dans l'égout qui clapote
les regrets déversés de la capitale
les cœurs dans les pochons
ô mes lettres froissées
mes amours d'aurore
poussent les pigeons morts
j'ai cent ans dans mille ans ou peut-être entre temps
entre tous les passants vers la même porte
ton blason c'est toujours la gueule que tu portes

C'est pourquoi j'ai jeté mes papiers dans les rues
ce matin de printemps il avait disparu
dans un de ses ruisseaux
il a pris son bateau

Va ranger tes balais les nouvelles ordures
salut tous les copains de la balayure

3. Zigo

J'ai prêté la Provence
aux enfants de Berlin
mais tu fais quoi toi dans ton quartier
j'aimerais rire un peu mais mon zygomatique
commissure des lèvres
est toujours en grève
manque de pratique
sur le quai des hirondelles
avec ma pauvre tenue noire
le beau Léon et ses bretelles
mettait bas le désespoir
le soleil d 'Alger dans le cœur de Berlin
quel temps fait-il dans ton quartier
il y a la grand'rue
de l'herbe dans les magasins
des demi-mots pour oublier
l'écho des trains dans la nuit loin
toutes ces croix qu'on a plantées
où viennent s'écraser les oiseaux
on enterre la mémoire
à cinq heures ce soir
alors on a prêté notre histoire
aux enfants de Berlin
de quelle couleur il est ton quartier
un enfant noir dans la nuit noire
un enfant blanc dans la nuit blanc
un poisson chat dans l'océan
c'est un requin dans ma baignoire
alors pour contracter
mon p'tit zigo mon grand zigo
j'balance Alger dans la Nordique
j'me saoule à flot ô mes étoiles
puis c'est Berlin dans l'Atlantique
quand ça balance de bas en haut
quand j'ai l'piano qui s'fout en l'air
et j'ai les joues qui tombent à terre
alors je reprends mon histoire
et mes pleurs de gamin
mais il est où mon quartier
j'voulais rire un peu mais mon zygomatique
commissure des lèvres
est toujours en grève
manque de pratique
j'voulais rire plus fort et mon zigo est mort
pour raison civique
antiseptique
géographique
mathématique
et civique
et chimique
dans la musique
labomatique
et mécanique
et psychotique
bureaucratique
technocratique
et toute la clique
zigo
la clique des zigotos
4. Bestiaire

J'ai un chat dans mon moteur
qui m'donne le ton et les heures
une pie dans mon chapeau
elle me gave je lui tiens chaud
une paire de phacochères
au poumon droit j'ai des vers
une gazelle dans la botte
qui tricote

J'ai sur la main une aventure
un fils de chien en ossature
ça s'trémousse les belettes
ça s'gambille les escargots
la station en verticale
pour tout vous dire c'est un fiasco

J'ai du sang de corned-beef
un éléphant sur le massif
à la gencive une cigale
un rhino sous la sandale
un rat sur la crevette
un serpent une alouette
un goret qui m'fait les poux
sur les g'noux

Et si tu croises la nostalgique
dis-lui qu'j'ai troqué sa musique
pour la rumba des biquettes
le paso des rigados
la station en verticale
pour tout vous dire c'est un fiasco

J'ai pris le train pour demain
un troupeau de batraciens
des fourmis dans la guibolle
on m'proposait l'vitriol
taureau noir sur la cabute
corrida sur l'sinciput
j'ai échappé au labo
j'ai sauvé ma peau
j'ai pris le ch'min vaille que vaille
un bois d'Vincennes
dans les entrailles

Sur la nationale passent le temps et les autos
et dans la mitraille les papillons
et les troupeaux

Ah tous ces gens qui marchent
debout mais de travers
sur le temps mais à l'envers
ça me fait mal
l'asphalte des nationales






5. Fleur de yeux

Le jour s'arrête où l'on regrette
fleur de yeux tu crois qu'il voit
pauvre petite fleur et ses yeux
fleur de nom
qui poussa entre deux monuments
non classés
mais stupéfiants les bâtiments
offrit une pensée à sa petite fiancée
qui n'aimait que les sans épines
lui dit tiens prends les ces douceurs
puissent elles au moins vibrer ton cœur
oublier le vent des pendules qui sonnent
l'ombre aveugle du corps noir résonne
alors elle a souri
elle est partie

Fleur de yeux
quel joli nom pour un paumé

6. La biffe

Un interrupteur
un fer en vapeur
une mousse en carton
et c'est le Rubicon
une fleur à tes yeux
un sourire en l'air
mon amour délétère
du ciel gris pour les vieux
et un trottoir en bois,
posé sur le dorsal
fallait qu'on y soit
et même si ça fait mal
et le rire en aval
tiré en aval
une pierre à la tête
une ville apeurée
un gars qui savait pas
que les eaux sont en partance
un fusil à plomb
une chanson dans les cours
puisque rien est tout bas
jouer au roi d'la nouba
et un rideau en fer
et des pleurs en papier
du faux et du semblant
et tout ça c'est ma nature
vous voulez du mistral
et des pierres en métal
ça ne sera jamais trop
de brûler des saisons
les écluses et le temps
et l'épicier du coin
où vient s'achalander
les gens de mon quartier
alors je fis faillite
je n'vendais que du papier

Un interrupteur
un fer en vapeur
une mousse en carton
et c'est le Rubicon
une fleur à tes yeux
un trottoir en bois
une ville apeurée
puisque rien est tout bas
et le clocher qui fait l'heure
une rive en déserté
le corps que je passais
je suis le ferrailleur




8. Postulat

J'ai rendu mon âme au temps
là où cette fontaine s'écoule
a poussé une rose
elle est née de ton corps
qui un jour s'y noya
tu as bercé les mille pleurs
ô la Jeannette et tes fagots
pesants d'histoires
dans ta chaleur épaisse
pour répartir au galop
il a couru par dessus tout
sans se dire rien juste ça
la terre se noie
les enfants s'entassent
mais le blé sent bon

Nous on veut toucher l'azur
plus haut encore des yeux
la rose nous suit
sa tige s'allonge
nos corps ne tiendront pas

Vous allez rire de dépression
dans l'air sénile ça souffle
vos râles désirs
tranchent les nuages
et déferlent du pain sec

Ils ont repris leur âme à Dieu
là où cette fontaine s'écoule
le sang noir d'une rose
un joli miroir
on ne reparla plus jamais d'eux

C'est l'histoire
qui raconte à l'histoire
montrez moi votre chapeau
et la belle la fougasse
lui répond merci bravo



9. Jour de pêche

Il tend la main et bat de l'aile
souffle au cœur mais n'y r'vient plus
né dans un rond de président
c'est une erreur qu'on n'commet plus
alors pour s'faire un peu d'gaieté
on s'file rencard sur le quai
avec les cannes et les moulinets
on va taquiner la fleurette

Dans la nasse à poissons
y-a jamais eu d'poissons
mais toujours un litron
au frais
dans les eaux du canal
le crachat poumonal
c'est l'appât au scandale

Une fois les lignes toutes mouillées
deux trois bouteilles bien entamées
ô mes poissons ô mes sirènes
quand le bouchon criait 'baleine'
madame qui promène minet
s'écarte un peu en les croisant
ferrant la gaule et les choux blancs
on a mérité la rincette

Dans la nasse à poissons
y-a jamais eu d'poissons
mais toujours un litron
au frais
dans les eaux du canal
le crachat poumonal
c'est l'appât au scandale

Il tire à vue et titubant
vole à la terre son p'tit brin d'vie
remet les cieux à leur enseigne
et maudit la pêche à la traine
le canal en feu sur les ponts
c'est un ordre du capitaine
on a perdu les moulinets
il nous faut sauver
le picton
c'est l'appât au scandale
la sonne a cloché la dérive
c'est pourquoi les pêcheurs ils s'en vont
il fait si bon sur la rive
bouffer du vent en amont

Dans la nasse à poissons
y-a jamais eu d'poissons
mais toujours un litron
au frais
au frais…





10. Sans titre

Une fille
je n'sais pas qui es ton père
c'est peut-être
un vaurien commissaire
ou pianiste
ma fille
cette nuit-là
quand il m'a pris
dans ses bras
c'est dans tes yeux
ça se voit
son regard et sa voix
tous ces garçons
c'était toi
c'est tes cheveux
son corps
c'est tes doigts
ma fille
cette nuit-là
je voulus vivre à Java
pour un ongle de frisson
pousse une plaie sur l'horizon
c'est dans ta peau à jamais
insouciante j'allais
ne me demande pas qui c'est
sans se parler
on s'est quitté
ma fille
je n'sais pas qui es ton père
c'est peut-être
un vaurien commissaire
ou pianiste
ma fille
cette nuit-là
quand il m'a pris
dans ses bras
mais il est tard ce soir
à la gare St-Lazare
11. Rien ?

Il est dix heures...
c'est une rue féconde
assise là sur le monde
fumant tes heures
un bout de silence il t'harangue
tous les passants se demandent
si t'es pas morte
bien sûr tu n'me vois pas
bien sûr tu ne bouges pas
c'est une ville en pleurs
qui court après ses heures
pourquoi tu trembles ?

Il est dix heures...
c'est un jour de carnaval
enlisé dans ton égal
buvant tes heures
l'odeur des couleur de la transe
regarde, il se font la danse
toi sur ta plaine
le poteau de moisissure
le vent secoue ta tonsure
c'est un troupeau joyeux
et malgré les envieux
veulent te pendre

Il est dix heures...
les quelques doigts
qui te restent
greffés à ton corps que je presse
comptant tes heures
pour que s'écoule
un peu sur ta peau
pour un soupir s'écoule un sanglot
au d'ssus d'une branche
alors ne remet pas à plus tard
et tu nous emmerdes avec tes histoires
c'est une ville en feu
ah j'ai vu bouger ses yeux
et volent les cendres
quel doux plaisir
dont il ne vient rien
c'est qu'il vient
déjà quelque chose
ce doux plaisir
qui va et qui vient
et c'est quelque chose et c'est rien
et tu diras
au fond du silence
que lorsqu'il marche
on entend ses pas

Il est dix heures...




12. Trumpet song

Un beau soir un couteau se promène
dans la chambre il ouvre la porte
descend la rue et tue le tabatier
et vient s'étendre doucement
dans ma couche
c'est une main elle aimait sa victime
je jure je pas tué, non

Un beau soir un couteau se promène
dans la chambre il ouvre la porte
descend la rue et plante un cerisier
si j'ai goûté le sang sur sa bouche
c'est un cœur il aimait sa victime
je jure je pas tué, non

Mais en fait je me trompé d'histoire
dans la chambre je perdu la porte
vous savez il faudra que je rentre
je vous aime bien mais mon chat il a faim
c'est un saint il aimait sa victime
je jure je pas juré, non
non, non….



13. Ton portrait

Le soleil est tombé en morceaux
un parapluie est mort dans le caniveau
un cycliste se fait traîner par son oiseau
l'orange lune flotte entre les sapins
le ciel je s'est blessé en rêvant
le café a pris froid des enfants
jardins de croix château de sang
un vent de fenêtre prêt à rugir
l'océan est parti sans rien dire
le toit de la terre s'est énervé
et les saisons applaudissent
les musiciens dépravés
et une dame en noir
brandissant un cœur délavé
l'écume s'éteind sur la lisière
de tes hanches
qu'effleure la peau sèche
sur un matin blanc
qu'effleure un matin sec
sur ta peau blanche




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