2000 : Gratte poil

1. Je chante

L'opaline naissante
d'une nuit déjà morte
offerte au passé
les nuits balaieront
nos erreurs entassées
dans le bas de nos ventres
à partir de maintenant
je chante

Le brûlant s'est levé
et frappe à la porte
de nos vies en chantier
les zéboueurs zéboueront
nos collectes classées
des trésors qu'on ignore
à partir de maintenant
je chante

À midi c'est l'sandwich
aux terrasses des cafés
sur les champs-épuisés
et plus tard c'est déjà
une histoire encombrée
dans les plis de nos rêves
à partir de maintenant
je chante

À six heures le coiffeur
taillera la colline
c'est du vent de gagné
on boira sans scrupule
pendu au crépuscule
on attend les fantômes
à partir de maintenant
je chante

Les lumières de la ville
caressent les phobies
de nos ombres esseulées
le métropolitain
oubliera c'est certain
les cloportes
à partir de maintenant
je chante

Dans une heure maintenant
on quittera le parking
des frontières tracées
dans le vent qui nous saoule
où l'on aperçoit
les vagues qui nous roulent
puis on s'endormira
comme les autres
à partir de maintenant
je chante
3. Les poupées

Tellement te voir j'ai voulu
que ratée je t'ai
(meuh !)
je t'aime
voulu toi si fort beaucoup trop
que brisée je t'ai
(meuh !)
je t'aime

Ce qui est toi est à moi
ton sourire et tes draps
c'est à moi
les crédits des pâtés pour ton chat
c'est à moi
quand tu penses à tant d'autres qu'à moi
c'est à moi
ton blue-jean à la peau qui se colle colle à toi
les gâteaux la vaisselle et tes soirées d'opéra
tes manteaux ta dentelle et ton mascara
c'est à moi
chaque fois les soleils qui s'écrasent dans tes bras
c'est à moi rien qu'à moi
ce petit joujou-là

Des poupées de chiffon
et des corps en carton
des charpies de frissons
et des vers en glaçons
Tellement t'y voir qu' j'aurais voulu
que froissée je t'ai
je t'aime
voulu t'y voir mais beaucoup trop
qu'arrachée je t'ai
je t'aime

Ce qui est moi n'est pas toi
t'es pas moi quand j'suis là
qui t'es toi ?
moi sans toi sans tes bras j'suis pas là
c'est pas moi où qu'tu vas loin là-bas
sans mes bras c'est à moi
c'est mes ch'veux c'est mes yeux
mes poussettes et ton tabac
les bijoux la r'devance
et les caprices de ta tata
ce joujou qui s'balance et qui danse
c'est pas-t-à toi c'est pas-t-à moi
et patatras c'est pas-t-à moi
c'est pas-t-à toi c'est pas-t-à moi
c'est à moi rien qu'à moi
ce petit joujou-là

Des poupées de chiffon
et des corps en carton
des charpies de frissons
et des vers en glaçons


4. Cest dimanche

C'est indécent
de s'balader
la bouille au vent
la bouille au vent

Ou de flirter
avec les ronces
c'est méprisant
c'est méprisant

C'est agaçant
de voir glisser
un doux baiser
sur le ciment

Si mes pensées
sont vérités
je remont'rai d'où
je descends

Connaître ou ne rien savoir
t'avais choisi pardi !
et naître ou ne rien avoir
t'avais choisi ton paradis
paradis

C'est une vie qu'est sans souci
du lundi jusqu'au vendredi
mais le samedi
j'dis non merci
car demain c'est dimanche

C'est insouciant
de s'pavaner
la fleur aux dents
la fleur aux dents

Ou fricoter
avec les songes
c'est impudent
c'est impudent

C'est énervant
de voir bugger
nos destinées
sur les écrans

S'il est risqué
de dire attends
j'attendrai plus
je r'descendrai
d'où je montant

Connaître ou ne rien savoir
t'avais choisi pardi !
et naître ou ne rien avoir
t'avais choisi ton paradis
paradis

C'est une vie qu'est sans souci
du lundi jusqu'au vendredi
mais le samedi j'dis non merci
car demain c'est dimanche

Si mes pensées
sont vérités
je remont'rai
d'où je descends

S'il est risqué
de dire attends
j'attendrai plus
je r'descendrai
d'où je montant

5. Chapeau

J'ai un grand chapeau
où y a rien dedans
c'est un chapeau vide
où y a tout dedans
sauf moi

Y a pas nos conquêtes
ni nos ronds de serviettes
y a pas non plus les choeurs
de nos enfants de choeurs

y a - y a - y a
y a tout ça
y a - y a - y a
et c'est bien comme ça

J'ai un grand chapeau
où y a rien dedans
c'est un chapeau vide
où y a tout dedans
sauf moi

Y a pas d'emmerdeurs
qui viennent nous d'mander l'heure
y a pas non plus Raymond
ni de tartes aux protons

y a pas
y a pas

Y a pas de torgnolles
ni de gaz à bagnoles
y a pas de président
pas non plus d'mal aux dents

Y a - y a - y a
y a tout ça
y a - y a - y a
et c'est bien comme ça

J'ai un grand chapeau
où y a rien dedans
c'est un chapeau vide
où y a tout dedans
sauf moi

Y a pas nos trompettes
ni nos trous de chaussettes
y'a pas plus d'punitions
que d'histoires à la con

y a pas
y a pas

Y a pas de cimetières
puisqu'on est déjà là
y a pas non plus de pierres
puisqu'on n'existe pas

Mais y a - y a - y a
y a tout ça
y a - y a - y a
et c'est bien comme ça

J'ai un p'tit chapeau
où y a tout dedans
c'est un chapeau plein
où y a rien dedans

6. Les choses

On ne force pas les choses
elles partent comme elles éclosent
les sépales de tes roses
ont flambé
on se souvient d'une nuit d'un refrain
un soupçon de silence incertain
on s'abîme où l'on se pose
les papillons osent
mais la mer a repris
les fossiles de nos folies
que fais-tu là ?
mais je sais pas
j'passais par là
au coin du bois
y avait ma vie
qui m'attendait
depuis trois siècles
et me voilà
mais v'là-t-y-pas
qui j'vois là-bas
une autre vie
qui m'tend les bras

On ne force pas les choses
elles partent comme elles éclosent
le calice de tes roses
a flambé
on n'se dit rien ça vit comme ça vient
ça vient ça va ça vit de bouts de rien

ça s'immisce
les papillons osent
mais la mer a repris
les fossiles de nos folies
que fais-tu là ?
mais je sais pas
j'allais par là
au coin du bois
vivre la vie
qui m'attendra
dans deux trois siècles
je serai là
elle m'attendra
au coin du bois
cette autre vie
qui m'tend les bras

Et puis l'on force la chose
dans de vagues proses
une effluve de rouge rose
a flambé
au coin du bois j'ai trouvé ce matin
une autre vie qui me tendait les mains
comme on n'était pas grand-chose
les papillons se posent
et la mer a repris
les fossiles de nos folies

Je t'attendrai
au coin du bois
et puis toujours
tu seras là

7. Bibliothèque II

Une bibliothèque
c'est lourd à porter
sur le dos j'entends
car dans la tête
les artifices fleurissent
poussent à l'allure
du chiendent
c'est comme ça
qu'on glisse
sur une effluve
de printemps

8. Dépêche toi

C'est chez eux que j'ai raccommodé mon coeur
c'est chez toi qu'on dit rien
mais que la nuit est si blonde
je reverrai tes yeux
dans les couloirs de mes rêves
qu'un souffle les enlève
j'éventrerai les cieux

En juillet 69 on dépucelait la blonde
puis en 68 on a refait le monde
on brûle bien des vierges
va-t-en savoir pourquoi
on consume des cierges
ça calme nos effrois

C'est eux qui me l'ont dit
de remplir nos galoches
de charger nos fusils
de pierres et de brioches
vite dépêche-toi
j'entends la ferraille des soldats

Le désir ne vaut rien s'il n'est qu'une joconde
de sourire en travers offert à tout le monde
on esclave des frères
va-t-en savoir pourquoi
on déchire la terre
car on s'ennuie des fois

C'est eux qui me l'ont dit
de remplir nos galoches
de charger nos fusils
de pierres et de brioches
vite dépêche-toi
j'entends la ferraille des soldats

C'est chez eux que j'ai raccommodé mon coeur
c'est chez toi qu'on dit rien
mais que la nuit est si blonde
je reverrai tes yeux
dans les couloirs de mes rêves
qu'un souffle les enlève
j'éventrerai les cieux

C'est eux qui me l'ont dit
de remplir nos galoches
de charger nos fusils
de pierres et de brioches
vite dépêche-toi
j'entends la ferraille des soldats

Un soleil qui s'éteint
c'est une mer qui s'étire
un enfant qui nous vient
c'est une mort à venir

puis toujours ce temps qui nous porte
c'est pas nous qu'on choisit
nous on s'emporte
dans un désir de désir

9. L'iditenté

Les clans des rues les clandestins
les cris des chiens hurlent à la ronde
j'suis pas inscrit sur la mappemonde
y a pas d'pays pour les vauriens
les poètes et les baladins
y a pas d'pays
si tu le veux
prends le mien

Que Paris est beau quand chantent les oiseaux
que Paris est laid quand il se croit français

Avec ses sans-papirs
qui vont bientôt r'partir
vers leur pays les chiens
on a tout pris chez eux y a plus rien

De rétention en cale de fond
j'en ai même oublié mon ombre
je promène moi dans vos décombres
on m'a donné un bout de rien
j'en ai fait cent mille chemins
j'en ai fait cent
j'en ai fait un

Un chemin de l'identité
l'iditenté l'idétitan
l'y tant d'idées à la ronde
et dans ce flot d'univériens
j'aurai plus d'nom j'aurai plus rien
Dis moi c'est quand tu reviens
Que Paris est beau quand chantent les oiseaux
que Paris est laid quand il se croit français

Avec tous ces champs d'tir
et tous ces fous du tir
y visent pas que les lapins
c'est plus du gros sel
c'est des tomawaks
ou des missiles sol-air
ou des skuds
et moi avec mon pistolet à bouchon
je pars au front

Paris sera beau quand chantera les oiseaux
Paris sera beau si les oiseaux
mais non Paris sera beau car les oiseaux

Paris sera beau

12. Le cabaret des nues

Au cabaret des nues
Sun a vu Moon nue
comme c'est étrange
Sun a rougi
Moon a fondu
Moon a fondu
bien entendu

On n'revient jamais en avant
il faut bien croire que derrière
on y retourne en tréchubant
la jambe en moins
mais l'troisième oeil
çui qu'a du rimmel et d'la voix
qui n'est pas là pour caresser
le poil du sens quand la marée
m'a planté là comme un goémon
la mer enlace l'horizon

Au cabaret des nues
Sun a vu Moon nue
comme c'est étrange
Sun a rougi
Moon a fondu
Moon a fondu
bien entendu

Ça prend le ciel à bras le vent
et les pourquoi t'es v'nu comment
on s'le disait timidement
timidement la rage aux dents
le ratelier prêt à croquer
tes douces lèvres démaquillées
quand sur ton corps vint se lover
l'ombre des flammes du démon
la terre embrasse l'horizon

J'irai flotter
où se noient les noyés
j'irai encore
brûler quelques accords
d'accord encore
à s'en dépoumonner
sur les guitares
et les boîtes à soufflets
et dans les nues du cabaret
une dernière fois
il brûlera mille planètes
quand se faufilent les saisons
on a passé c'était si bon
le ciel efface l'horizon

Au cabaret des nues
Sun a vu Moon nue
comme c'est étrange
Sun a rougi
Moon a fondu
Moon a fondu
bien entendu

13. Ennemis

Toi, t'es bien d'un autre village.
Tas pas les mêm' sabots que nous.
Sur ton épaul' c'est du plumage
Et nous aut' on a du burnous.

Quand on fait chacun son fromage,
Ça lui donne un tout autre goût.
Tas pas les mêm' sabots que nous,
Ça fiche un tout autre tapage,

Rien qu' s'couer nos boît' à clous,
Ça fiche un tout autre tapage,
Et puis et puis y a ton parlage
Qui vous cogne sur le bambou.

On peut bien l'dire : ton salivage,
Ton potag' qui pouss' des glouglous,
Ton quillage et ton tatouage,
Tout ça nous cogn' sur le bambou.

Toi, t'es pas de notre village ;
On peut bien l'dir' : ton salivage
On en a marre, on est à bout.
Donc, faudra qu'on passe aux carnages
I' rest' plus qu'à s'rentrer dans l'chou.

15. Patalo

Y'en avait ras le capuchon de s'faire refi-
ler de la vie à moitié prix en court-bouillon
tous les poulets du H-I-V en transfusion
c'est des produits on en avait ras le képi

Tout est nickel y a rien a r'voir faut surtout pas
couper l'cordon ni la télé intraveineuse
démagogie dégamogie des plus véreuse
tout va si bien se s'rait trop con faut surtout pas

Toucher à nos acquis scellés nos patrimoines
on s'est battus l'oubliez pas dans nos chansons
si y'a d'la soupe dans vos gamelles et de l'avoine
c'est qu'le bon dieu l'a bien voulu il est si bon

Du sel dans les pâtes à l'eau
du beurre dans les haricots
de l'eau pour s'laver la peau
du sang pour cracher des mots
d'la voix pour gueuler plus haut
des fleurs pour t'aimer bientôt
du ciel pour les animaux

Y'en a qui naissent moins bons qu'les autres mais c'est normal
on est pas tous apparus dans l'même salon
tous les lépreux les p'tits nimbus et les couillons
et les élus de la nation du capital

Faut circuler y'a rien a voir faites nous confiance
on s'y connaît on vous promet des vies heureuses
démocratie décramotie des plus frileuses
c'est nous les rois du bataillon de la finance

Alors votez pour nos partis et sans surprise
vous y trouverez que du blanc bec et du pognon
j'y ai laissé mon pantalon et ma chemise
tout ce qu'on vous d'mande c'est d'nous envoyer vos dons

Du sel dans les pâtes à l'eau
du beurre dans les haricots
de l'eau pour s'laver la peau
du sang pour cracher des mots
d'la voix pour gueuler plus haut
des fleurs pour t'aimer bientôt
du ciel pour les animaux

Y'en avait ras-le-potiron les castagnettes
si les tranchées t'ont pas suffi j'connais une zone
y semblerait que les séismes et les cyclones
n'assouvissent pas nos fringales de marionnettes

C'est nous les rois de la conso et de l'outrance
on y peut rien c'est le destin qui nous arrose
vu qu'le destin ressemblait à si peu de choses
dégobillons cette pattée qu'on recommence

Du sel dans les pâtes à l'eau
du beurre dans les haricots
de l'eau pour s'laver la peau
du sang pour cracher des mots
d'la voix pour gueuler plus haut
des fleurs pour t'aimer bientôt
du ciel pour les animaux
16. Le gratte poil

Dans le bleu de nos mains sales
se cache un diamant
la peau brune des gitanes
si tu l'allumes
faudra que tu la fumes

Fume fume et pédale
à patinette
dans les nuages là-haut
en général
j'ai le cortex qui roule en solex

La silhouette un peu bancale
en porte-à-faux
le sillon en diagonale
faut qu'tu m'excuses
j'ai les tambours qui s'usent
j'ai la matière grise
d'une souris grise

Qui s'appelle la Marie
la Ma la Marinette
Marie la Ma ma mie
mon p'tit pois ma crevette
je n'ai vraiment que toi
Marie ma Marinette
Marie Marie ma mon
ciboulot ma miette
quand Marie Marie Marie Marie
Marie Marinette
s'met à penser des fois vaut mieux
filer plutôt que de perdre la tête
surtout qu'il reste encore beaucoup
à faire pour terminer cette chanson
on y r'viendra plus tard mais
dans l'immédiat continuons

Un brin de métaphysique
et klaxonne
la java neuroleptique
tiquetiquetique….

Dans nos vies souvent banales
on se dit souvent
bazardons nos états d'âme
à coup de pif qu'on se met
dans le pif

Pif paf pof et ça r'pédale
à trottinette
traînant nos maux ancestraux
c'est ridicule si t'avances tu recules
faut plus qu'j'y touche
j'ai les fils qui s'touchent

Les fils de la Marie
la Ma la Marinette
Marie la Ma ma mie
mon p'tit pois ma crevette
Je n'ai vraiment que toi
Marie ma Marinette
Marie Marie ma mon
ciboulot ma miette
mais Marie Marie Marie Marie
Marie Marinette
s'met à penser tout l'temps
j'pourrai pas t'nir c'est trop
pour moi faut qu'elle arrête
surtout qu'y m'reste encore
quelques salades à débiter
dans ma chanson
c'est un métier sérieux
de préparer le bourguignon

Ca n'était pas une chanson
un gratte poil
mille et mille pardons
les éprouvettes prouveront
que l'on est des bêtes
on f'ra l'calcul
compris nos poils de cul


18. Dans la gueule

Le temps
nous mangera tous
un à un
un à deux
un à huit
un à toi
un pour rien
pour toujours
un pourtant
un partout
enjambé
bien plus loin
pour toujours
il revient
point.

Dans la gueule…

Le blanc
nous noircira tous
un à un
au pilo
les nez gras
les loris
les frigos
les raztos
les bicats
les cabits
en fracas
et si c'est
pas le cas
prends ma main
point.

Dans la gueule…

L'amour
nous croquera tous
un à un
six en neuf
sans les r'ssorts
j'ai misé
sur le huit
neuf en six
six en gelée
c'est touffu
c'est foutu
j'ai serré
mon motor
et c'est la fin
point.

Dans la gueule…

J'suis en fa dans la gueule
j'me suis tout mis dans la gueule
on s'est tout pris dans la gueule




 Retour  Retour