1992 : Les oiseaux

2. Gino

Sortant d'un bar de trop
il perdit son oiseau
c'est drôle quel temps fait-il
il vend des oiseaux
sur un coin de trottoir
il vend des oiseaux
aux enfants qui mangent trop
il vend des oiseaux
on vend bien de la musique
je me suis associé aux oiseaux du quartier
de toutes les cages ils ont la clef
c'est elle qui attendait
le bateau sur le quai
en criant son costaud
mais il ne revient pas
et crachant sur la mer
il ne revient pas
elle est couchée par terre
mais il ne revient pas
c'est un gars du Pacifique
et maudissant les flots qui n'en ont rien à faire
sans nos marins t'es rien que d' l'eau
pour se consolater
la veuve prit un moineau
qu'elle acheta à Gino
elle ne savait pas
qu'il s'envolerait si tôt
elle ne savait pas
qu'elle en tomberait pour Gino
elle ne savait pas
qu'on pouvait crever et revivre à nouveau
allez viens mon Gino danser dans mon château
je veux t'aimer
mais au matin tout est fini
et les oiseaux où sont-ils?
Gino s'enfuit mais cette fille
couchée là dans ses dentelles
au-delà d'un silence
qui s'évertue
à tout foutre en l'air
il ne savait pas
ils ont mouru de faim
il ne savait pas
courant dans le matin
Gino ne savait pas
que d'aimer
ça tue les oiseaux
va-t-en vieille putain
à la mie de pain
sans pognon
y-a pas d'oignons



3. Aurélie

Quel plaisir de vous voir là Aurélie
donc il s'est pris l'aiguille
de l'horloge sur la tête
c'est drôle une horloge
surtout sans aiguille
c'est bizarre
depuis qu'elle n'est plus là
le temps n'avance plus
c'est pas qu'il pleuve
mais il n'avance plus
alors on débat
on prie
on se réunit
mais il pleut
quelle envie de te prendre là Aurélie
j'ai un copain il s'appelle chat
mon papa il l'aime pas et il a peur
j'ai aussi un cheval en bois
qu'a une jambe usée
c'est papa qu'à tué le chat
et mon cheval il est usé
c'est l'aiguille
ou le temps
il l'aime pas
mais il pleut
que c'est dur de vous voir là Aurélie
Aurélie a peur des orties


4. Les p'tites gueules

Ne pleurons pas sur ce qu'il reste
dans les faubourgs ça continue
de se raconter dans l'ivresse
et les pleurs en suspendu
mais dans le cours des arpentis
y'avait qu'à brûler le temps
de se les voir dans leur p'tite vie
qu'on choisit pas ce s'rait trop ...con
ne restons pas prenons les routes
on s'fait bandit pour c'que ça coûte
prenons les ronds et les bicyclettes
et les autres ça continue
ils veulent que ça c'est pour trembler
on pourrait dire qu'ils savent déjà
à leurs p'tites mines
les gars d'la vrille ont peur de rien
surtout pas des chevrotines
ils vont loin mais le coeur mal en point
c'est pas sain d'être seule
dit la traiteuse à la blanchisseuse
ça se termine dans le vin
ou les mots d'un écrivain
repartons et sans le doute
ne laissons rien
et toi Marlo qu'en a que foutre
un p'tit brin de vent et tout va bien
c'est toujours drôle te voir à Pantin
se croyant vivre à Hambourg
les p'tits moments à s'dire l'amour
qu'on choisit pas se s'rait trop ...con
les tire-d'ailes les escarmouches
les tu m'as vu et les vauriens
crient les chevaux le clop en bouche
dans le vide du lendemain
ils veulent que ça c'est pour trembler
on pourrait dire qu'ils savent déjà
à leurs p'tites mines
les gars d'la vrille ont peur de rien
surtout pas des chevrotines
ils vont loin mais le coeur mal en point
heureusement qu'il y a les copains
qui préparent un casse à Pantin
eux au moins ils pensent aux cousins
les gars d'la maréchaussée
et dans le feu sans les détours
le flingue en main ça continue
les morts pour rien de nos beaux jours
que l'on salue dans la cohue
c'est pour éviter un cousin
Marlo nous offrit le canal
l'auto toussa son dernier râle
on en riait c'était si ...beau
et tous les gens qui crient bravo
sur les cadavres de la vrille
la chaussée cache un sanglot
et les p'tites gueules en exil



5. Austerlitz

Entre Auterlitz et la Rapée
y a un fossé mais le bitume
sans quoi nos coeurs ne saigneraient pas
entre les doigts tout se répand
adieu les quais
(je t'aimais tant)
les fleurs de toi les pensées
se noyaient dans l'ombre
le pont du passé
et jeter qui verra
les bouts de papier
les courants les tranchées
c'est la coterie de la voirie
qui m'a permis de voir Rosie
entre nos corps y avait pas rien
et suspendus les bras vers le ciel
sans quoi des cheveux t'en aurais pas
entre les doigts tout se répand
adieu Rosie
(je t'aimais tant)
les pleurs de toi ont passé
se noyer dans Londres
le pont des baisers
et puis y a le pont de nos rêves
et y a le pont des pompiers
et y a le pom
et le pom pom pom
entre les chiards et les vieillards
entre le temps qui nous est dû
tu sais là où les coeurs saignent tant
entre les gens on s'aime pas bien
adieu les gens
je pars content

6. Luna

Eloigne-toi plus encore
que les bords du ciel
les draps protègent tes chairs
que les plis font si tendres
où viendront déferler
les jours opprobres
des poussières de silence
tes bras qui s'épanchent
les lignes de ta main
sois sans le doute
sans perler d'eau salée
des hérons qui se moquent
les braillardes s'en vont
déplorer la nouvelle
survolant les sallants
et l'usure de nos mains
une poule c'est con un jour c'est long
un entrechat sur ta sépulture
les cannes en l'air dans la Tour Magne
Luna ...
quant à la pluie
qui nous racole
l'immensité des plafonds
et nos coeurs qui décollent
le soleil d'hiver
et les corbeaux sur la blanche
font brûler mes yeux
de vous les voir
allez vois là dans les yeux
d'une autre route
les vents nous vivent les heures
du trois-quarts de frisson
et la part qu'il nous reste
sois en certain
nous emmenera demain
séculaire mémoire
un poule c'est con un jour c'est long
un entrechat sur ta sépulture
les cannes en l'air dans la Tour Magne
Luna ...
et ce jour où je viendrai
oh Luna ...
pleurer dans vos bras ...
Luna ...
7. 9h-2

Cette fois ça n'se f'ra plus
je n'irai pas sur la ville
c'est vrai qu'pour faire danser les gars
faut leur chanter des chansons tout bas
est-ce qu't'as vu j'ai volé tes mains

il est 9h-2
debout devant le porte
fixé du rendez-vous
c'est l'heure d'être sérieux
les autobus déversent
un flot de gens nerveux
des parfums d'abreuvoir
des yeux s'apercevoir
il est 9h33
j'ai perdu l'embauche
ça ira
faut qu'ça aille
ça ira
ça ira mieux demain
s'il pleut
ça ira
faut qu'ça aille
ça ira
ça ira mieux demain
on s'ra plus vieux
le temps d'se dire adieu
de se faire une histoire
dans l'fond on vaut pas mieux
il est 5h et quart
la ville a tout perdu
elle s'est jouée ce soir
sa vertu son oseille
qu'elle a gagné la veille
il est 3 fois l'heure que je rentre
j'ai perdu ma route
ça ira
faut qu'ça aille
ça ira
ça ira mieux demain
s'il pleut
ça ira
faut qu'ça aille
ça ira
ça ira mieux demain
on s'ra plus vieux
un jour on f'ra le tour
on ira voir là-bas
si l'on vend de ce vin
qui nous plante au matin
sur l'océan heureux
de n'être pas mon frère
de n'aimer que la mer
qui renvoie dans nos gueules
les vapeurs trop amères
d'un chien mort y-a cent ans
sur ce vieux bâtiment
du haut de nos falaises
on s'amuse à se dire
qu'on vivra pas longtemps
et la ville rigole en se cachant
faut qu'ça aille
ça ira
ça ira mieux demain
ça ira
faut qu'ça aille
ça ira
ça ira mieux
tu s'ra pas plus vieux
en attendant le temps
de n'avoir plus de dents
de marcher dans la soupe
sans savoir qu'on est dedans
et puis les langues ridées
du coeur qui se lamente
attendant d'être payé
d'avoir payé
d'être là
merci d'être avec vous ...




8. Barcelona

Apareció en un nube industrial
me saludó
me dio miedo
sabía que ya había sido amada
pero supe en seguida que
cantaba para mí
no intentaste seducirme
fuiste simple acogedora e real
ningún gran efecto nada inútil
ni preparado sincera
todo en verdad
no sabía que existías
no sabía donde estabas
te encontré
y ahora tengo ganas de conocerte
me ofreciste tu techo
de mí no esperabas nada
tu parecer feliz y sereno
me quitó todo complejo
daría mucho para volver a pasar otra noche
en ti contra ti quizás en tus brazos
apareció en un nube industrial
me saludó
me dio miedo
sabía que ya habí sido amada
pero supe en seguida
que contaba para mí
9. Le grand bal

Je vous laisse les machines
que l'on appelle des canons
je vous cède ma voisine
et ses poils au menton
les parures esthétiques
et les germes de demain
je revends mes aventures
d'hier et mes factures
mais les vieux ne pleurent plus
même en épluchant les oignons
alors je vous laisse aussi les piliers de la nation
mais je garde des distances
et les fleurs aux inconnus
les bouts d'inexistence
et ce soir j'ai tout perdu
ça s'fait prendre par la main
des ballades infortunes
quand j'ai faim j'ai faim j'ai faim
alors tant pis bonjour fortune
les voilà ni une ni deux
à brûler tous leurs kopecks
les v'là partir je ne sais où
s'faire du vent et d'la trompette
et l'on s'aime si fort dans la télévision
alors je vous laisse aussi le droit et l'opinion
je n'prends pas les affluences
ni la cousine à René
elle voulu un bout de moi
je lui offris mes chaussettes en bois
alors on aura tout vu
ah les filles en rebrousse-poil
et les malentendus
quand les gars tournent au gazoil
mais on s'demande un p'tit bout
pourquoi si les vieux sanglottent
en oubliant qu'on y s'ra
t'as la peau qui se resserre sur ton corps déjà froid
alors j'te laisse aussi le bonheur que tu crois
mais je garde le silence
de nos corps éperdus
les affres de nos sens
et le vent m'a dit
on ne joue pas avec la mer d'ailleurs on ne joue avec rien
y-a qu'les enfants d'la terre mais la terre n'y est pour rien
c'est le train de plus qui nous sâoulera les mots
le regard de mieux qui nous trouera les os
et l'on fait tourner sa bière
et l'on fait tourner son coeur
et l'on fair tourner ses heures
et puis y-a les ornières
allez c'est pour ce soir
tes robes de gala les musiciens sont là
fais-nous voir ton grand bal
je laisse cette chanson
on n'est pas musicien
mais ça nous est égal
fais-nous voir ton grand bal




10. La comptine

J'ai retenu
ma peur au condamné
il n'en voulait pas
il me l'a dit
le bourreau pleure
qui l'emporte avec lui
c'était son amant
il me l'a dit
au fil du temps
entraîné par le vent
un cerf-volant
je me suis enfui
et laissant là mes amours et René
je me cache au village
où je suis
dans mon réduit
me reviennent aujourd'hui
toutes ces roses
qui n'ont pas servi
ma peur au condamné
qui l'emporte avec lui
entraîné par le vent
mes amours et René
me reviennent aujourd'hui
qu'avons-nous fait
de nos envies?
dans ce pays
il n'y aura pas d'hiver
c'est les gens du village
qui me l'ont dit
y en aura plus
c'est la peur d'aujourd'hui
on a trainé
les maisons vers le Nord
les fumées
les fardés de la cité
je repense à René
qui m'avait souri
et on s'disait
mais alors c'est où le Nord?
dans notre décor
on en riait
encore un verre
et j'irai gueulé dehors
qu'il n'y aura pas d'hiver
dans ce pays
il n'y aura pas d'hiver
c'est la peur d'aujourd'hui
les fardés de la cité
mais alors c'est où le Nord?
et j'irai gueuler dehors
qu'avons nous fait
de nos envies?
dans ma cavale
ça f'sait bien 3 tour de Terre
que je courais
après mes envies
dans mon envie
les mots n'y ont plus rien à faire
je te le dis
c'est pour ça que je crie
si je chante
toi mon bourreau que j'aimais tant
je te le dis
toi qui fus mon amant
dans ce vent
dans ces hivers sans finir
tu n'savais pas
je te le dis
dans mon pays
y-a qu'des enfants qui ont envie
de nous faire mal
ça fait bien 3 tour de Terre
les mots n'y ont plus rien à faire
toi mon bourreau qu'j'aimais tant
dans ces hivers sans finir
y-a des enfants qui ont envie
de nous faire rêver
je te le dis
ma peur est une envie
les mots sont en hiver
le Nord est dans le vent
et les sirènes au printemps



12. La p'tite dernière

En entrant dans la ruelle
l'amour qui se vend aux passants
elle ne croit pas être cruelle
quand elle t'a pris en passant
les amants sont toujours des passants
quand les chiens s'aiment toujours dans la rue
allons voir si les filles du port
sont toujours aussi dévêtues
la porte qui se referme
et nous voilà tous les deux
se croyant être fidèles
la mort n'est pas loin de nous deux
les amants sont toujours des passants
quand les chiens s'aiment toujours dans la rue
allons voir si les filles du port
sont toujours aussi dévêtues
de ma fenêtre y-a le pays
à se devoir toujours trahi
au stand du tir et de la chance
à ceux qui n'en eurent jamais
on reviendra pas vous voir
de ma fenêtre il pleut un peu
enfermés dans nos armoires
on n'est plus là pour s'aimer
en sortant de la ruelle
l'amour qui n'a plus de raison
toutes les fleurs du côté des poubelles
se sont fait une raison
mais les fleurs ont mille fois raison
quand l'béton pousse toujours dans la rue
allons voir si les enfants du nord
ont la peau comme il est prévu
ça m'étonne plus vraiment
de mourir à vingt ans
quand ta peau est si belle
et puis qu'on a le temps
ça m'étonne plus vraiment
de mourir à vingt ans
mais ça m'étonne vraiment
d'avoir passé mes vingt ans
















14. Emily

Au café d'la marine
y'a un cap'tain
il a le sang Pilsen noire
c'est un bateau qui se perd
dans la bière au comptoir
au café d'la marine
on raconte des vies
c'est du temps qui passe
au café d'la marine
le cap'tain y r'Pilsen noire encore brûlé
c'est comme l'encre sur le papier
mais y sait pas lui comprendre ça
au café d'la marine
on parle à la mort
violente femme
pleure ton amant au comptoir
déchirure de ton corps
au café d'la marine
le cap'tain y repartira
c'est les océans de bière
et nous on regarde


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