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L'hypertexte et la philosophie : Certains philosophes américains ont trouvé dans l'hypertexte une nouvelle "Clavis Universalis", c'est-à-dire une nouvelle clé universelle permettant de mieux décrire et de mieux comprendre le monde... Depuis environ un siècle, les sciences se spécialisent de plus en plus. Cette spécialisation crée un véri able abîme entre les différentes disciplines : un spécialiste en biologie moléculaire est incapable de comprendre le discours d'un spécialiste en physique quantique... Ils n'ont plus le même vocabulaire, ni les mêmes méthodes, ni surtout la même vision du monde. Selon certains philosophes, cette hyperspécialisation des sciences est un obstacle à une vision unifiée de la réalité ; en découpant le monde en une multiplicité de champs distincts, elle nous empêche de le voir dans sa globalité et dans sa plénitude. Pour des auteurs comme Bolter, l'hypertexte serait l'instrument idéal pour résoudre les problèmes générés par cette fragmentation du réel. Lui seul serait capable de réunifier notre vision du monde tout en conservant la multiplicité des points de vue que l'on peut avoir sur lui. En effet, l'hypertexte permet de multiplier les points de vue que l'on peut avoir sur un objet. Autrement dit, il permet d'exposer, sans contrainte et de manière très explicite, les différents aspects qu'un objet peut avoir en fonction du regard ou de la discipline qui l'analyse... l'hypertexte apparaît donc comme l'outil d'analyse par excellence dans la mesure où il est tout à fait à même d'expliquer et de décrire un objet ou une situation complexe. Cette propriété de l'hypertexte fait dire à certains chercheurs que l'hypertexte est capable de révolutionner notre manière de construire et de penser la science. Par la même occasion, il serait également capable de révolutionner notre manière de voir et de penser le monde... Selon certains chercheurs en sciences de l'information, notre manière de voir et d'expliquer le réel, mais surtout, notre manière de (le) penser, sont déterminées par les outils que nous utilisons pour construire et exprimer nos idées. On appelle cela le postulat "médiologique". En résumé, celui-ci postule que nos techniques de communication et de conservation de l'information, bref, nos médias, déterminent nos modes de penser. Ainsi, les individus appartenant à une société orale, sans écriture, ne pensent pas de la même manière que ceux appartenant à une société alphabétisée. Sans écriture, une société est incapable de développer certains processus cognitifs (mentaux si vous préférez...) de l'ordre de la logique, du raisonnement complexe, etc. Les partisans de l'hypertexte emploient ce postulat "médiologique" pour démontrer qu'on ne pense pas de la même manière si l'on utilise un hypertexte plutôt qu'un livre, un papier et un crayon... Pour le dire autrement, l'hypertexte, non content de révolutionner la littérature et la politique (cf. ces sujets), pourrait également bouleverser nos espritsÊ! Un mouvement philosophique contemporain est plus particulièrement lié à l'hypertexte : c'est le déconstructivisme. Fondé autour des textes de Jacques Derrida, le déconstructivisme est davantage une méthode d'analyse et d'interprétation des textes qu'une véri able philosophie. En gros, on peut résumer le déconstructivisme en disant qu'il prône une lecture très libre de tout texte quelqu'il soit... Pour un philosophe déconstructiviste, un texte n'a pas de sens en soi, il en possède une multiplicité qu'il appartient au lecteur de découvrir et/ou de créer. L'essentiel dans un texte n'est pas ce que l'auteur a voulu y mettre, mais les effets de sens que le texte peut produire en fonction du contexte dans lequel il est lu et interprété. Ainsi, "déconstruire" un texte, c'est expliciter les effets de sens qu'il renferme et/ou qu'il provoque en le "décontextualisant" sans arrêt, en le lisant dans tel contexte puis dans un autre... Pour certains théoriciens, l'hypertexte serait la machine déconstructitiviste par excellence. En privilégiant et en automatisant la non-linéarité, la polysémie et le perspectivisme, l'hypertexte objectiverait les idées et les méthodes mêmes de la déconstruction. En effet, un hypertexte peut très bien exposer la multiplicité des sens possibles qu'un texte renferme. En multipliant les liens sémantiques entre plusieurs textes, entre des textes et des images, entre des textes et des graphes ou des sons, l'hypermédia permet de rendre "sensible" les multiples significations d'un texte. Les différents sens de ce texte s'éclairent alors en fonction des autres documents qui lui sont associés. Ces liens explicitent en fait ce que les critiques littéraires nomment l'intertextualité d'un texte, c'est-à-dire ce à quoi ce texte renvoie dans le monde des lettres, des symboles et de la culture. En rendant "visible" ce réseau culturel de renvois et de références, l'hypertexte montre comment le sens d'un texte est fonction de ses connexions implicites ou explicites avec d'autres textes. |
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